DIVINITE ASSISE REPRESENTANT LE DIEU AUX BATONS

CHAVIN - Region de Kuntur Huasi - Perou

1000 - 700 AV. J.-C.

Hauteur : 36 cm - Largeur : 15 cm - Epaisseur : 14,5 cm

Basalte gris à patine brun-beige.

Provenance

Ancienne collection Guy Joussemet depuis 1965

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1970

Collection Galerie Mermoz depuis 2002

 

Cette remarquable sculpture est une icône rarissime de l’art Chavín, une civilisation qui fleurit au Pérou au 1er millénaire avant J.-C., et rayonna sur toute l’aire andine au point d’être considérée aujourd’hui comme la civilisation mère des cultures pré-incas. Elle aurait pris souche au cœur du mystérieux sanctuaire cérémoniel Chavín de Huántar, niché à 3000 mètres d’altitude dans le nord de la Cordillera Blanca.

L’entité représentée est une divinité majeure connue sous le nom de « Dieu aux bâtons », Staff God en anglais, mêlant des attributs humains et des traits zoomorphes, en particulier félins. Le modernisme de cette statue est tel que l’on a peine à imaginer qu’elle est née il y a plus de 3000 ans.

Il s’agit d’une pièce de très grande valeur d’un point de vue symbolique mais également du fait qu’elle ait été réalisée en ronde-bosse. Les sculptures de ce type de l’époque de Chavín sont en effet très rares, les artistes privilégiant le bas-relief et les gravures sur des stèles ou directement sur les monuments avec une prédilection pour les motifs simplifiés et répétés. Un goût que l’on retrouve ici dans la façon dont est travaillée l’image de la divinité.

Trônant sur une base cylindrique, le dieu est figuré assis. Il était probablement installé dans une enceinte sacrée pour y être vénéré. Son corps est schématisé et les membres s’imbriquent et se répondent dans une composition géométrique et symétrique, parfaitement étudiée. La technique employée est celle des « bandes modulaires » qui consiste à traiter les éléments d’une représentation sous forme de bandes de largeur proche ou égale.

La tête est compacte et trapézoïdale. Le haut du crâne et la mâchoire inférieure sont plats. Elle présente des traits félins qui renvoient au grand jaguar, vénéré pour sa puissance et redouté pour sa férocité et abondamment repris dans toute la production artistique de Chavín, qu’elle soit lithique, céramique, métallique ou bien textile.

La gueule est ouverte à en juger par le dessin des dents, au centre, et la lèvre supérieure est retroussée. À gauche et à droite, jaillissent quatre crocs acérés, deux pointent vers le haut et deux vers le bas. Un motif rectangulaire formé de deux bandes jointes est gravé en diagonale sur les joues, sans doute représente-t-il les commissures tombantes de la bouche du jaguar et les bandes noires que l’on peut voir au niveau des lèvres.

Le « nez » est aplati. Ses ailes en relief et ses narines légèrement creusées à l’aide d’un foret circulaire évoquent le souffle de l’animal. Les yeux sont rectangulaires de même que les pupilles. Ils sont entourés de grecques spiralés représentant des serpents stylisés, formant les arcades sourcilières. On observe au milieu du front court, trois demi-lunes. Les oreilles sont rectangulaires et leur pavillon est stylisé.

Les cheveux sont gravés de part et d’autre d’une raie centrale. Des mèches plus longues que les autres descendent jusqu’au cou. Elles s’apparentent à des corps de reptiles, d’autant qu’à l’extrémité de ses mèches se trouvent des têtes de serpent stylisées. Une iconographie que l’on observe sur d’autres représentations d’êtres surnaturels de style Chavín, notamment celles se rapportant au Dieu aux bâtons.

La tête n’est pas le seul élément anatomique imprégné des caractéristiques du jaguar. A bien y regarder, la posture du corps évoque celle d’un félin assis sur son arrière-train, avec ses pattes postérieures repliées et ses muscles dorsaux saillants.

Les pattes avant sont fléchies et relevées. Elles reposent sur les pattes arrière positionnées à angle droit. Les « pieds » prennent appui sur la base de la sculpture. Leur traitement rappelle les coussinets qui protègent les griffes du jaguar. Les « mains » ne sont pas clairement sculptées. Six rainures horizontales et parallèles suffisent à repérer les « doigts » ou les griffes. Ses « mains » empoignent chacune un sceptre sur lequel on observe deux gravures verticales. Ces objets pourraient représenter des serpents stylisés, l’un des attributs du Dieu aux bâtons, à mettre en relation symbolique avec les éclairs annonciateurs de pluie.