FEMME NUE ENCEINTE

NAYARIT – Mexique

100 AV. – 250 AP. J.-C.

Hauteur : 45,4 cm - Largeur : 26,6 cm - Epaisseur : 17 cm

Terre cuite creuse brune avec traces d’oxyde de manganèse.

Provenance

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1968

Collection Galerie Mermoz depuis 1986

 

Cette femme enceinte est une remarquable représentation criante de vérité. L’engobe brun-rouge orangé, solide et finement poli, présente des traces d’oxyde de manganèse dues au contexte d’enfouissement de la terre cuite ce qui rend la représentation d’autant plus magnifique.

L’artisan-céramiste a représenté cette femme dans son plus simple appareil, au moyen de volumes généreux pour accuser sa posture agenouillée.

Le visage est allongé et l’effet est accentué par la longueur et la largeur du nez. Les paupières sont gonflées et les yeux en grains de café sont plissés. La bouche s’entrouvre et les lèvres sont relâchées comme après un effort.

Bien que cette femme soit nue, force est de constater qu’elle est richement parée. Notre attention ne sait plus où se porter. La chevelure est signifiée par des stries réalisées sur la surface brute et mate de la terre avant cuisson. Et, la tête est ceinte par un double bandeau. Elle est parée de boucles d’oreilles, d’un anneau nasal (nariguera), d’un collier à trois rangées et de bracelets aux bras.

Les épaules, larges et angulaires, sont ornées de scarifications. Ces marques, bien réelles mais symboliques, sont fièrement portées pour affirmer son appartenance à une ethnie, à un clan... Selon leur dimension et leur situation, il était possible de déterminer la catégorie sociale des individus portant des scarifications. Leur caractère ethnique, hautement symbolique, est très net dans certains cas. Selon certains témoignages, elles auraient d’autres fonctions. Parfois, elles peuvent assurer la protection des individus et, d’autre fois, elles sont administrées à but thérapeutique.

Le corps est massif mais les bras sont fins et repliés sur l’abdomen. La poitrine, aux seins petits et ronds, affecte une forte projection vers avant. Bien plus que révélatrice d’une stimulation, ce phénomène appelé « thélotisme » est un signe de grossesse. Cet état est confirmé par les mains placées sur le ventre rebondit.

L’artisan-céramiste a voulu concentrer l’attention sur la scène. Cette femme enceinte immortalise un moment crucial. Il l’a dépeint dans la position d’accouchement caractéristique des femmes autochtones : agenouillée, les mains posées sur le ventre, dans l’attente de la prochaine contraction annonçant sa future délivrance.

Cette étape, importante dans la vie d’une femme était accompagnée de rituels chamaniques. Le ventre était enduit avec de la Konopa (fibre végétale). On faisait des offrandes de Chicha (boisson à base de maïs). Et, l’environnement proche était agrémenté d’idoles pour rendre les esprits favorables.

Une femme enceinte est considérée comme l’égal d’un guerrier et plus particulièrement au moment de l’accouchement, perçu comme un combat entre la vie et la mort. A la venue au monde de l’enfant, la « sage-femme » devait pousser un cri de guerre pour annoncer l’heureux événement.

Selon certains chercheurs, les femmes enceintes Nayarit ou Jalisco, dépeintes avec des ventres distendus, à genoux ou accroupies, pourraient être la représentation d’une déesse de la fertilité et de la procréation.

Entre 300 av. et 500 apr. J.-C., la culture Nayarit s’est développée dans l’Etat éponyme, le long de la Côte Pacifique du Mexique. Connue comme l’une des cultures des « tombes à puits », elle est célèbre pour ses sépultures à l’intérieure desquelles les archéologues ont retrouvé un grand nombre d’effigies humaines et animales, réalisées en terre cuite creuse dans de grandes dimensions, et de petites figurines massives.

Couramment employée, l’expression « West Coast » désigne un ensemble de cultures nommées Jalisco, Nayarit et Colima. Chacune d’entre elles correspond à l’un des états actuels de l’ouest mexicain. Elles se sont développées le long de la Côte Pacifique, entre 100 av. J.-C. et 250 apr. J.-C.

Longtemps considérées comme isolées et archaïques, elles ont fait l’objet d’études qui renouvellent aujourd’hui la vision des scientifiques et attestent cette homogénéité culturelle pendant la période préhispanique.

De nombreux styles ont été recensés dans cette région dont le point commun est une production en terre cuite creuse mettant en scène des hommes et des femmes, reconnaissables à leurs traits stéréotypés et leurs proportions souvent non naturalistes. Particulièrement expressives, ces céramiques se distinguent par la richesse de leur engobe poli et leur polychromie.

Jusque dans les années 1960, cette production est apparue naturaliste et elle a été considérée à tort comme des scènes de la vie quotidienne. Ces dernières représentent des guerriers, des femmes enceintes, des couples, qui se caractérisent par des corps larges aux jambes particulièrement massives, un visage au caractère expressionniste, et de riches parures comme les rangées d’anneaux qui ornent les lobes de leurs oreilles, de larges colliers ou encore des ornements nasaux.

Songeons aux efforts fournis pour creuser des puits menant à des chambres entre 10 et plus de 20 mètres de profondeur. Prenons en compte l’énergie déployée pour aménager ces espaces souterrains, dans un souci du bien-être des défunts. Réalisons que ces témoignages matériels suffissent pour attester leurs motivations spirituelles et religieuses.