PERSONNAGE ASSIS, APPELE “BABY FACE”

OLMEQUE – Las Bocas – PUEBLA – Mexique

900 – 600 AV. J.-C.

  • Hauteur : 31,1 cm
  • Largeur : 30,8 cm
  • Epaisseur : 15,7 cm

Terre cuite creuse beige avec fine couche de kaolin blanc-ivoire et traces de cinabre.

Sculpture anthropomorphe représentant un personnage assis, appelé « baby face ».

L’ensemble du corps est potelé et traité avec douceur. Les jambes sont largement écartées et les pieds, dont les orteils sont signifiés par des entailles, pointent vers l’extérieur. Les plis de l’aine sont marqués. Le ventre est rond et pansu et le nombril est perforé. Les pectoraux sont modelés avec soin. Les épaules sont larges et angulaires. Les bras musclés sont détachés du corps et tendus, tandis que les mains reposent sur les genoux. La tête présente une forme allongée due à une déformation rituelle du crâne. Les traits du visage sont traités avec finesse et précision. Le menton est en galoche et une fossette se dessine sous la lèvre. La bouche de forme trapézoïdale, aux lèvres charnues et sensuelles, est ouverte, laissant apparaître la gencive supérieure. Le nez est aquilin, ses ailes sont en relief et les narines sont trouées. Les yeux sont bridés, avec les pupilles creusées. Les arcades sourcilières gravées sont fines et arquées et rejoignent la racine du nez. Les oreilles bien modelées sont saillantes. La tête est surmontée d’une coiffe serrée, décorée sur son sommet d’un motif gravé et ajouré, à haute portée symbolique, dont le motif principal se compose d’un œil gravé en U et surmonté par des sourcils en forme de flammes.

Il s’agit de la « crête-œil », un élément caractéristique du « Dragon-Olmèque » de David Joralemon, revu plus tard par Karl Taube sous le nom de « Serpent-Oiseau ». Cet être céleste trouve son origine dans l’aigle harpie (Harpia harpyja), de par sa crête fortement développée, et dans le serpent fer-de-lance. Il est également l’ancêtre du serpent à plumes. Il représente le ciel et son rôle est celui des vents qui apportent les pluies nourricières. Normalement, les symboles de la crête et de l’œil sont accompagnés par la gueule et le corps de cet être surnaturel, ce qui n’est pas le cas ici. En revanche, la crête et l’œil sont complétés par d’autres symboles : des motifs ajourés en forme de losanges, ainsi qu’une ligne en zigzag. Les losanges représentent la pluie et les gouttes d’eau qui percent l’argile, tandis que la ligne en zigzag représente la surface des eaux. Nous sommes en fait face à la vision olmèque du cosmos avec les cieux et les nuages chargés d’eau, amenant les pluies qui vont ensuite devenir les mers, les lacs, les étangs. Ce motif gravé est donc très sophistiqué et nous donne à voir les trois niveaux du monde : céleste, terrestre et également, par implication, l’Inframonde, à travers les eaux qui le recouvrent.

Au-delà de son incroyable richesse iconographique et symbolique, cette sculpture d’un grand réalisme est également une réelle sublimation des figures appelées « baby face ». Ces personnages, souvent représentés en position assise, se distinguent par leur corps potelé, typique des bébés, et sont caractéristiques de la culture Olmèque. Celui-ci est particulièrement remarquable par sa grande taille, l’harmonie de ses proportions et l’intensité de son expression. La précision des traits et la beauté du matériau témoignent de la parfaite maîtrise technique des artistes de l’époque et font de cette sculpture un magnifique exemple de l’art Olmèque.

La civilisation Olmèque s’est développée dans les régions tropicales du Mexique, correspondant aux états actuels de Veracruz et Tabasco, entre 1500 et 400 av. J.-C. Son influence politique, religieuse et culturelle s’étendait à travers toute la Mésoamérique et la plupart des cultures postérieures présentent des traces indiscutables de son influence. En raison de leur suprématie durable et de leur héritage inestimable, les Olmèques sont considérés comme la civilisation-mère de la Mésoamérique.

Provenance : Ancienne collection européenne depuis 1968.

Références bibliographiques : K. A. TAUBE, « The Rainmakers: The Olmec and Their Contribution to Mesoamerican Belief and Ritual », in The Olmec World. Ritual and Rulership, cat. exp., du 16 décembre 1995 au 25 février 1996, The Art Museum, Princeton University, pp. 83-103.