DRAGON - LÉZARD À CORNE

COMALA - COLIMA - MEXIQUE

100 AVANT - 250 APRÈS J.-C.

Hauteur : 14 cm - Largeur : 24,5 cm - Longueur : 32 cm

Terre cuite creuse brune à engobe rouge orangé avec importantes traces d'oxyde de manganèse

Provenance

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1967

Collection Galerie Mermoz depuis 2019

La beauté de cette céramique témoigne autant du talent des artistes Colima que de sa valeur aux yeux de ces derniers. On retrouve ici tout ce qui la désigne comme un objet rituel et cérémoniel ayant appartenu à un membre important de la communauté.

D’une grande vivacité, le sujet est un chef-d’œuvre de naturalisme. Sublimé par une magnifique surface vernissée, sa couverte brun-rouge aux accents orangés est éclatante. Cette couleur, propre aux terres cuites Colima, résulte d’une savante cuisson par oxydation (sans fumée), qui dans le cas présent, a été parfaitement maîtrisée.

Les artistes du Colima, grands producteurs de céramiques, ont montré un goût certain pour les animaux, qu’ils ont abondamment représentés. Si les chiens et les oiseaux sont fréquents, les lézards à corne le sont beaucoup moins, ce qui fait de cette pièce un exemplaire unique, exceptionnel par sa rareté et son symbolisme. L’animal, qui évoque un dragon, est en effet porteur d’un imaginaire fort, nourri par ses nombreuses et étonnantes capacités, la plus impressionnante étant celle de cracher du sang par les yeux pour se défendre.

Déposé comme offrande funéraire dans une profonde tombe à puits, typique du nord-ouest du Mexique, cet objet avait pour fonction d’accompagner un défunt, sans doute un dignitaire, dans son ultime voyage vers l’au-delà et de prouver aux esprits et aux ancêtres sa qualité de chef. À noter : Les traces noires d’oxyde de manganèse visibles sur le dos de cette pièce sont une conséquence de son enfouissement prolongé.

De taille modeste, le lézard à corne se rencontre généralement dans les zones arides allant du sud du Canada jusqu’au Guatemala. Il dispose de facultés qui en ont fait, à l’évidence, un animal singulier aux yeux des peuples habitant la côte nord-ouest du Mexique. 

Fort d’un savoir-faire accompli, l’artiste a su restituer fidèlement ses caractéristiques : les deux cornes visibles sur son crâne qui lui valent son nom, ses yeux ronds inquisiteurs dont le pourtour gravé fait ressortir l’orbite, son visage triangulaire, son museau pointu, sa large mâchoire et sa grande bouche extensible signifiée par une longue entaille courbe, sans oublier son corps ovale et sa queue en pointe. Ses griffes en revanche n’ont pas été figurées.

La taille imposante de cette représentation et ses belles formes renflées évoquent la capacité du saurien à doubler de volume lorsqu’il se sent menacé, paraissant ainsi beaucoup plus impressionnant qu’il ne l’est en réalité. Les épines qui recouvrent son corps, et se hérissent lorsqu’il gonfle, sont figurées par des protubérances rondes, ajoutées par pastillage sur toute la surface du dos, des pattes et de la queue. La position du corps et des pattes fléchies est celle que l’on observe lorsque le lézard est en alerte.

Dans les déserts pierreux où vit ce dernier, les prédateurs sont nombreux, ce qui l’a poussé à développer d’astucieux moyens de défense. Extrêmement agile, le lézard cornu s’enfonce très rapidement dans le sable. Si se cacher ou gonfler tel un poisson-globe ne suffit pas à dissuader les loups, les coyotes et autres espèces mal intentionnées, il dispose d’une autre arme redoutable. Du coin de ses yeux, il est ainsi capable de projeter des jets de sang toxique, jusqu’à 1 mètre de distance, en visant la bouche de son adversaire. La toxicité de son sang pourrait être lié à son régime alimentaire à base de fourmis venimeuses.

On imagine aisément la fascination qu’a pu exercer sur les anciens Mexicains un tel animal, capable de cracher du sang par les yeux. Ce pouvoir, sans doute perçu comme surnaturel, explique le fait qu’il ait été choisi comme sujet par l’artiste. En Mésoamérique, les espèces dotées de facultés « extraordinaires » étaient particulièrement importantes, en tant qu’intermédiaires entre les hommes et les puissances supérieures invisibles. En les utilisant comme modèles, les artistes pensaient sans doute transmettre leur magie à leurs œuvres et ainsi offrir aux défunts, une protection active et éternelle.

À noter : cette œuvre est dotée d’un large goulot tubulaire, modelé par le céramiste sur le flanc gauche en position oblique. La fonction de cette ouverture était de permettre à l’air de s’échapper lors de la cuisson pour éviter que l’argile ne se brise.