FEMME ALLAITANT

NAYARIT - Style San Sebastián

100 AV. - 250 AP. JC

Hauteur : 38 cm - Largeur : 17 cm - Epaisseur : 13 cm

Terre cuite creuse brune à engobe rouge-orangé, décorations polychromes

Provenance 

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1967

Collection Galerie Mermoz depuis 2019

Cette mère et son jeune enfant constituent un modèle rare de la céramique funéraire du Nayarit. Elle relève du style de San Sebastián, une zone située à la frontière entre le Nayarit et le Jalisco. L’admirable sensibilité et l’originalité plastique de cette œuvre, qui évoque les fameuses Nanas de Niki de Saint-Phalle, sont sans doute à l’origine de l’intérêt porté à cette culture -ainsi qu’aux traditions voisines de Jalisco et du Colima- par les artistes mexicains du XXe siècle, Diego Rivera, Frida Kahlo, Rufino Tamayo en tête.

Provenant d’une tombe à puits, sépulture typique du Mexique occidental, cette pièce illustre à merveille le thème de « la femme à l’enfant ». Les femmes en général sont très présentes dans l’art du « West Coast », ce qui laisse imaginer qu’elles jouissaient d’un statut plus important qu’ailleurs et expliquerait pourquoi les Aztèques appelaient ce territoire Cihuatlan que l’on peut traduire par « le lieu des Femmes ». En revanche, les œuvres de ce type, présentant une femme allaitante, sont peu répandues. Il s’agit donc d’une pièce exceptionnelle.

Derrière cette scène de la vie quotidienne, certains spécialistes y voient bien davantage que l’union d’une mère et de son enfant. Il pourrait s’agir de la représentation de la Déesse Mère, accompagnée d’un enfant personnifiant la vie nouvelle. Le discours symbolique serait donc celui du cycle « vie-mort-renaissance ». A moins qu’il ne s’agisse de femmes engagées dans l’un des nombreux rites initiatiques qui ponctuaient la vie des individus, marquant chaque étape de leur existence.

Quoi qu’il en soit, il semble certain aujourd’hui que ces œuvres n’étaient pas « anecdotiques » comme on l’a longtemps cru mais bien des acteurs de la vie spirituelle de leurs contemporains, chargés de veiller sur le repos éternel des défunts de haut rang et de les recommander auprès des puissances supérieures. Le soin apporté à leur réalisation et leur forte individualité indiquent que ce sont peut-être des portraits (défunts ou serviteurs), aussi importants aux yeux du clan que ne l’était leur propriétaire.

L’ensemble du corps de la femme est recouvert d’un bel engobe rouge-orange et de vigoureux motifs ornementaux noirs. Par chance, cette polychromie éclatante a subsisté. La tête est étroite en comparaison du corps large. Le crâne, resserré au niveau des temps, puis évasé, a manifestement subi une déformation rituelle une pratique courante en Mésoamérique au sein des classes sociales dominantes. Les cheveux peints en noir ont été gravés alors que la terre n’était pas encore cuite, de part et d’autre d’une raie centrale. Coiffés en queue de cheval à l’arrière, ils retombent en pointe sur la nuque et le collier.

Le visage parait plutôt émacié. Il porte des peintures noires sur les joues. Les yeux sont creusés et les paupières modelées. Le nez est fort et sa pointe est relevée de sorte que l’on voit bien les larges narines percées. La bouche entrouverte est également creusée. Les oreilles saillantes sont ornées de trois gros anneaux dont on devine le poids important.

La femme porte au cou un collier à trois rangs, assorti de trois longs pendants, décorés de pois de couleur beige, qui descendent entre les seins. Ces parures indiquent un rang élevé dans la communauté. Les épaules sont larges et rondes. Le bras gauche filiforme est exagérément allongé. Il remonte vers le menton, la main à peine détaillée portée sur la mâchoire. Le bras droit en revanche est court.

Le bras droit en revanche est court. La main, puissante, empoigne le nouveau-né posé contre la poitrine plantureuse. Le sein droit est caché par la tête du bébé en position horizontale. La main gauche de l’enfant, bien visible, est positionnée sur le haut du sein tandis que sa main droite agrippe le téton de sa mère. Le sein gauche est visible et proéminent.

Les yeux de l’enfant sont creusés et son nez est important. Son crâne semble avoir également subi une déformation et ses cheveux ont été profondément gravés dans la masse avant cuisson puis peints en noir. Tout comme sa mère, il porte un collier à deux rangs, décorés de pois beige.

Le buste de la femme est recouvert de traits verticaux parallèles réalises à la peinture noire. Le bas du ventre est enflé et le pubis bombé. Cette partie du corps -y compris le haut des cuisses- n’est pas recouverte de peinture rouge mais d’un engobe crème décoré de poids et de spirales réalisés en négatif.

Les jambes ont un aspect éléphantesque comme souvent chez les femmes Nayarit. Ce traitement insolite offre un étrange contraste avec la finesse et l’élasticité des bras. Les orteils longs et larges sont indiqués par quatre rainures verticales. Les talons sont saillants de telle sorte que le devant du pied est aussi important que l’arrière et qu’il semble – de profil – arc-bouté sur ses deux extrémités.  Le dos de l’œuvre est plat, jusqu’au fessier qui ressort fortement.

Les atours de cette femme nous éclairent quant aux traditions des anciens mexicains qui avaient coutume de signifier leur place au sein de la communauté à travers leur corps même. Le goût pour les bijoux et les peintures corporelles semble d’ailleurs s’accentuer à mesure que l’on monte dans la hiérarchie sociale et que les distinctions de statut, de fonction et d’identité s’imposent. Sur le plan symbolique, les motifs peints sont souvent interprétés comme indicateur du caractère chtonien de la femme et de son association avec les forces procréatrices de la Nature.