GRAND PECTORAL GRAVÉ

MAYA - MEXIQUE

600-800 AP. J.-C.

Hauteur : 17 cm  - Largeur : 11,5 cm - Epaisseur : 0,8 cm

Jadéite vert clair à patine brune avec importantes traces de cinabre et d'oxyde de fer

Provenance

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1965

Collection Galerie Mermoz depuis 2000

Ce pectoral exceptionnel est un objet de très grande valeur. Ses dimensions particulièrement importantes le placent parmi les plus beaux exemplaires mayas connus à ce jour. La présence de trois têtes représentant le dieu du maïs et la qualité générale de la gravure font de cette superbe plaque de jadéite, un ornement ROYAL.

Le jade était une pierre rare et précieuse en Mésoamérique, en particulier pour les Mayas, qui, à la suite des Olmèques, l’ont sublimé de mille manières, notamment pour réaliser de somptueuses parures destinées à leurs souverains.

Derrière ces qualités esthétiques se cachent également des vertus magiques et spirituelles. La couleur végétale et aquatique du jade a fait de lui, aux yeux des anciens mésoaméricains, le réceptacle des puissances de la nature, assimilé à l’eau et au maïs, capable d’apporter aux hommes, la fertilité et l’abondance, et pour les plus nobles d’entre eux, la vie éternelle.

La présence de résidus de cinabre est également un indice du caractère hautement religieux et symbolique de ce pectoral. Poudre minérale rouge vermillon, le cinabre servait jadis à enluminer les décors d’objets cérémoniels. On l’utilisait également pour couvrir tout ce qui accompagnait un défaut de haut rang dans sa tombe, les offrandes funéraires mais également le linceul et la sépulture elle-même. Le cinabre, associé au sang du fait de sa couleur, était censé permettre la renaissance de l’âme, tout comme le jade.

Le décor sophistiqué recouvre toute la surface du pectoral. On notera que l’artiste s’est adapté à la forme naturelle originale de la plaque de jade. Ce respect pour la matière est à l’évidence un acte délibéré, qui manifeste la virtuosité du sculpteur.

Rappelons que le travail de la pierre, en particulier celui du jade, très dur, est une entreprise exigeante. La moindre marque indésirable y laisse son empreinte pour toujours, a contrario de l’argile. Le geste doit être sûr et précis. À une époque où les outils métalliques n’existaient pas, sculpter une plaque de jade de la sorte, est simplement remarquable et laisse d’ailleurs songeurs nombre de spécialistes quant aux techniques employées pour aboutir à un tel résultat.

L’observation de cette œuvre semble indiquer que le décor a été réalisé sur un bloc de jade, scié à l’aide d’une « scie à corde » couplée à un matériau abrasif, pour obtenir une surface plane. Ensuite, une fois la gravure terminée, la plaque aurait été détachée du bloc par limage comme semblent le montrer les marques visibles à l’arrière du pectoral. La taille et la finesse de cet imposant bijou implique un travail éminemment long et minutieux, exécuté par des hommes qui avaient, en quelque sorte, l’éternité pour eux.

Le seigneur, représenté de face, porte une imposante coiffe, composée d’une tête zoomorphe. On distingue un singe reconnaissable à ses grands yeux cerclés et son museau pointu, sur lequel s’inscrit une bouche souriante. Une graine positionnée au milieu de son crâne évoque la germination, sans doute celle du maïs, plante sacrée intimement lié au jade et à son pouvoir de fertilité.

De voluptueuses boucles s’enroulant sur elles-mêmes encadrent le visage du seigneur. Ce dernier porte de larges tambours d’oreilles et un collier à grosses perles, des parures qui confirment son haut statut social. Ses yeux, en forme d’amande, semblent clos. Ils occupent toute la largeur de son visage ovale et captent instantanément le regard de l’observateur que nous-sommes. Le pourtour des paupières, également gravé, accentue leur importance, évoquant l’intensité de l’état dans lequel se trouve notre personnage. Son nez est épaté, avec de fortes narines galbées. Sa bouche, semblable à un grain de café, est étroite et présente des lèvres charnues, particulièrement la lèvre inférieure.

À noter : Présence de perforations circulaires, sur les bords de l’œuvre, dans l’alignement du front du seigneur, servant à permettre la suspension de ce pectoral. Présence également d’importantes traces d’oxyde de fer, de couleur orangé, sur toute la surface de l’œuvre. 

La partie supérieure droite du pectoral est gravée d’un visage tronqué, pourvu de grands yeux clos, d’un nez fort et d’une bouche épaisse. Ce personnage, qui pourrait être le dieu du maïs, est également paré de tambours d’oreilles et d’un collier de perles.

Sur le côté gauche, collé à la tête de singe, on observe, cette fois, le profil d’un être surnaturel aux allures de serpent, doté d’une longue langue bifide.

Les bords inférieurs de l’œuvre sont également ornés, à droite et à gauche, de visages, à moitié coupés, qui peuvent être des répliques du visage du dieu du maïs visible en haut. Ces trois faciès partagent en effet les mêmes traits prononcés (yeux en grain de café, nez épaté et bouche lippue).

La partie centrale de la seconde moitié de ce pectoral est occupée par le corps du seigneur. Le dessin y est, au niveau des jambes et des pieds, simplement esquissé, mais on peut imaginer que le dignitaire danse en adoptant une position rituelle. Cette interprétation se base sur la présence récurrente de seigneurs dansants sur les plaques maya en jade, comparables à notre œuvre.

Les bras sont épais, repliés et relevés. Un cercle ébauché sur le bas du ventre figure vraisemblablement le nombril.