HACHA-TENON CÉRÉMONIELLE REPRÉSENTANT LE VISAGE D’UN DIGNITAIRE ÉMERGEANT D’UN BEC D’AIGLE ET SURMONTÉ D’UN VAUTOUR

VERACRUZ – Mexique

600 - 900 AP. J.-C.

Hauteur : 33,2 cm – Largeur : 26,8 cm - Épaisseur : 3 cm

Trachyte gris-beige

Provenance

Everett Rassiga, New York, depuis 1969

Olman Gutierrez, Miami, depuis 1986

Collection Galerie Mermoz depuis 2021

 

Cette puissante tête sculptée est une hacha provenant du Veracruz, dont on pense qu’elle servait dans le cadre des cérémonies entourant les tournois de jeu de balle, un sport rituel pratiqué dans toute la Mésoamérique, associée à d’autres objets connus sous le nom de yugo (joug) et palma (palme).

Le travail sculptural est remarquable, d’autant que la pierre volcanique employée est exigeante. Cette qualité atteste l’importance que devait revêtir cette œuvre à son époque ainsi que la maîtrise technique atteinte par les sculpteurs mésoaméricains à la période classique (600-900 après J.-C.), notamment ceux du Veracruz qui ont produit des objets cérémoniels extrêmement sophistiqués, à la fois sur le plan esthétique et symbolique.

Le sujet est un dignitaire, vu de profil, à l’air grave et concentré, dont on notera la force de l’expression et les traits accusés. Sa tête est enchâssée dans un casque qui s’apparente à un bec d’aigle grand ouvert. Le rapace symbole solaire, royal et guerrier de première importance, est reconnaissable à la forme courbe de sa mandibule supérieure et à la forme plate de sa mandibule inférieure. L’intérieur de ce bec impressionnant, en léger relief, est surligné d’une fine gravure. À l’arrière, l’œil de l’animal apparaît rond et son pourtour creusé. Il s’inscrit dans une forme en relief décoré de plusieurs entailles, avec une extrémité qui s’enroule sur elle-même au-dessus, peut-être la représentation stylisée de la membrane et des plumes qui protègent et entourent l’œil de l’oiseau.

L’homme a les yeux clos, sous des arcades proéminentes. Les paupières sont volumineuses et lourdes. Son nez est court, avec une pointe arrondie et des narines prononcées, que l’artiste a sculptées près des yeux. Une ride d’expression parcourt ses joues en biais, accentuant le naturalisme de ce visage intériorisé, et sa bouche légèrement arquée est entrouverte. Son front est masqué par le bec qui l’enserre fermement, ainsi que son menton. Ce faciès, qui a tout l’air d’un portrait, est peut-être celui d’un joueur de balle, concentré à l’approche d’un tournois ou bien l’image d’un valeureux ancêtre.

L’homme porte sur la tête un vautour. L’oiseau de proie est tourné vers l’arrière. Ses pattes sont repliées et ses ailes sont rabattues. Son bec crochu rejoint le tenon de la hache, partie saillante et rectangulaire permettant d’encastrer cette sculpture dans un mur ou tout autre structure. Une aspérité à proximité de l’œil représente la cire, cette membrane – généralement volumineuse chez les vautours - qui recouvre la base du bec, au niveau des narines.

Le cou de l’oiseau est courbe et l’espace entre les pattes et la tête a été entièrement évidé par l’artiste, un tour de force eu égard à la densité de la roche. Les serres dotées de griffes sont fidèlement restituées. Les ailes, modérément longues, sont stylisées. Souvent confondu avec l’aigle, le vautour s’en différencie par son cou dénudé et la protubérance sur son bec que l’on retrouve sur cette représentation.

De tous les animaux peuplant la Mésoamérique, les prédateurs - auxquels le vautour appartient avec le jaguar, l’aigle, le serpent et d’autres - tenaient une place à part dans l’imaginaire et l’idéologie des anciens peuples indigènes. Symboles de force et d’intelligence, ils constituaient de précieux compagnons pour les hommes de l’époque, qui évoluaient dans un milieu pour le moins hostile. En fonction de leur mode de vie, ces animaux relevaient du monde inférieur, du monde terrestre ou du monde céleste, dont ils étaient les ambassadeurs respectifs. Les oiseaux représentaient naturellement le monde supérieur et l’ensemble des puissances tutélaires. On les trouve ainsi fréquemment représenté sur des œuvres rituelles et cérémonielles, et notamment sur les hachas servant dans le cadre des tournois du jeu de balle, au cours desquels leurs qualités étaient à l’évidence convoquées dans l’espoir d’obtenir la faveur des dieux et de gagner la rencontre.