JOUG, CEINTURE CÉRÉMONIELLE

VERACRUZ – Mexique

450 – 650 ap. J.-C.

Hauteur : 11,2 cm - Longueur : 39,5 cm - Largeur : 37 cm

Basalte gris-vert à patine brune

Provenance 

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1968

Ancienne collection Ruth Agababa Nessim depuis 1974

Collection Galerie Mermoz depuis 2013
 

Cette magnifique et singulière sculpture est typique de l’art du Veracruz, région située sur la côte ouest du Mexique. Elle est connue sous le nom de joug cérémoniel, appellation qui lui vient de sa forme en U (yugo en espagnol) rappelant les jougs attelant les animaux de trait.

Elle appartient au complexe « haches, jougs, palmes » qui désigne trois types de sculptures associées au célèbre jeu de balle mésoaméricain, sport rituel pratiqué depuis des millénaires et notamment au Veracruz lors de la période classique. Les jougs en pierre du Veracruz, dont notre œuvre est un très bel exemple, sont réputés pour la variété de leurs thèmes et leurs qualités sculpturales exceptionnelles.

La façon dont l’artiste a donné vie au basalte, pierre dure et donc exigeante, ajustant le sujet à la forme si particulière du joug, taillant et polissant avec soin le moindre de ses volumes, est en effet remarquable. Nul doute qu’il aura fallu à ce dernier des heures de labeur et un grand savoir-faire pour parvenir à une pièce si accomplie, qui porte en elle un très grand symbolisme, en lien avec la dimension cosmique que l’on prête au jeu de balle.

Sa couleur d’abord est un indicateur d’importance : taillée dans une pierre gris-vert, cette œuvre véhicule l’idée de fertilité et de renouveau, une constante dans l’art précolombien qui associe le vert à l’eau et à la végétation et par extension à la vie.

Au symbolisme de la matière s’ajoute ensuite celui de la forme et du sujet. La forme en U qui caractérise la grande majorité des jougs est aujourd’hui perçue par les chercheurs comme la « bouche de la terre », l’ouverture d’un portail symbolique vers le monde souterrain, demeure des âmes défuntes.

Le registre iconographique généralement déployé sur ces sculptures tend à soutenir cette hypothèse d’un lien idéologique avec l’au-delà. Il s’agit ici d’un homme émergeant de la gueule béante d’un imposant batracien, image qui peut être aisément lue comme une allégorie de la renaissance de l’âme humaine, depuis l’obscur inframonde, auquel est associé le crapaud, animal nocturne, fréquentant les milieux humides, ou bien comme la représentation de la métamorphose d’un chaman, dont l’animal est l’un des auxiliaires privilégiés.

Dans les deux cas, l’homme se trouve engagé dans une expérience mystique, celle de la renaissance ou de la métamorphose, dont l’intensité est visible sur son visage. Enserré dans la gueule du batracien, il semble remonter vers la surface de la terre avec une expression sinon « dramatique », du moins puissante.

Ses yeux elliptiques et parfaitement alignés sont creusés. Ils sont surmontés par les arcades sourcilières en léger relief dont l’arc prononcé lui confère un air concentré. Son nez large et plat est pourvu de belles narines gonflées que l’on imagine insuffler et expirer avec force dans un profond élan vital. En-dessous, la bouche volumineuse est grande ouverte. La lèvre supérieure est fortement relevée tandis que la lèvre inférieure est mince et légèrement arquée. Symboliquement, on peut imaginer que l’homme se fait le porte-voix de l’au-delà, dont il renaît victorieux.