MASQUE HUMAIN

TEOTIHUACAN - Mexique

450-750 AP JC

Hauteur : 20,5 cm – Largeur : 17 cm – Epaisseur : 9,7 cm

Albâtre translucide blanc, beige et vert

Provenance

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1967

Collection Galerie Mermoz depuis 2015

 

Ce très beau masque témoigne du raffinement de l’art de Teotihuacán et du degré d’excellence atteint par ses sculpteurs en matière de représentation humaine. Les proportions sont vraies et harmonieuses, les traits équilibrés et les éléments du visage restitués fidèlement. L’albâtre utilisé pour sa confection lui confère un caractère évanescent sur lequel le temps ne semble avoir aucune prise. Cette idéalisation est l’une des caractéristiques des « visages de Teotihuacán », qui dut sans doute sa grandeur à la puissance de ses dieux et de ses prêtres dont les masques étaient probablement de flatteuses représentations et la parfaite expression des valeurs du sanctuaire.

Symbole de cette immense cité cérémonielle, établie sur les hauts plateaux centraux, ils ont été retrouvés à travers toute la Mésoamérique, ce qui confirme l’influence très étendue que celle-ci a exercé à son apogée. Au-delà du soin apporté à leur physionomie, leur importance est révélée par la qualité et la beauté des pierres utilisées pour les fabriquer, variétés qui n’étaient pas présentes dans l’environnement immédiat du sanctuaire.

Pour se les procurer, le peuple de Teotihuacán a dû se rendre loin, notamment au Guerrero, au sud-ouest du Mexique, et dans la région centrale de Puebla. Ces efforts indiquent que ces roches, d’une couleur bien particulière, devenant brillantes ou satinées sous l’effet d’un intense polissage, avaient à l’évidence un sens sacré, dont les masques tiraient sans doute leur pouvoir.

Conformément aux canons qui semble en vigueur, à en juger par la relative uniformité des masques Teotihuacán, les yeux sont grands, allongés et bien alignés, avec de belles paupières en relief, l’ensemble surmonté d’arcades sourcilières s’étirant jusqu’aux tempes. Le nez est fort et scrupuleusement modelé. Les joues gracieuses affichent des pommettes légèrement saillantes et la bouche grande ouverte est pourvue de lèvres charnues parfaitement dessinées.

Les cavités oculaires et buccales sont creusées, ce qui indique qu’elles contenaient jadis des éléments en coquillages, nacre ou diverses pierres précieuses (e.g obsidienne, turquoise, pyrite, hématite), figurant les yeux et les dents, renforçant grandement le magnétisme du visage. Une observation attentive permet d’ailleurs de discerner des perforations circulaires à chaque coin des yeux et de la bouche, dans lesquelles on plaçait probablement un matériau pour sceller ces incrustations. 

Le front est court et aplani, peut-être pour permettre d’y poser une coiffe, aujourd’hui disparue, à l’image des personnages visibles sur les peintures murales de Teotihuacán, portant de foisonnants panaches de plumes. Des parures devaient également décorer le nez et les oreilles de cette effigie, ce qui explique le fait que les narines et les lobes soient percés.

On ignore la fonction précise de ces masques épurés, qui à leur époque, devaient remplir un rôle rituel et cérémoniel de premier plan. Leur poids, l’absence de perforation au niveau des yeux et de la bouche et leur revers souvent plat permettent de dire qu’ils n’étaient pas portés lors de processions ou de parades. En revanche, les trous ménagés au-dessus des oreilles, sur les tempes, servaient sans doute à les fixer à un support.

On les a longtemps imaginés placés sur des fardeaux funéraires, dans le but de perpétuer l’image vivante d’un puissant prêtre ou dignitaire, mais la momification n’était pas une pratique mésoaméricaine et s’observe plutôt dans les Andes dont le climat sec est favorable à la conservation des dépouilles ainsi embaumées.