PERSONNAGE ASSIS

OLMÈQUE - Mexique

1200 - 800 AV. J.-C.

  • Hauteur : 18.3 cm
  • Largeur : 13 cm
  • Epaisseur : 9 cm

Terre cuite creuse beige brun avec une fine couche de kaolin et traces de peinture rouge

Cette charmante figurine est une très fine représentation, d’une qualité exceptionnelle, appartenant aux corpus des statuettes en terre cuite de style olmèque, rattachées au site archéologique de Las Bocas au centre du Mexique. 
 
La délicatesse de ses traits, la justesse de ses proportions, la souplesse et l’équilibre de sa posture et la douce sérénité qui émane de son visage, en font un chef d’œuvre, à la fois sur le plan technique et plastique témoignant que dès l’époque préclassique, les anciens Mexicains avaient atteint une remarquable dextérité dans le travail de l’argile.
 
La présence d’une coiffe élaborée épousant la forme du crâne et ornée de ce qui semble être des mèches – voire des plumes - superposées, ainsi que les disques parant les oreilles, signalent que ce personnage est de rang élevé. Ces détails, peu courants sur les statuettes olmèques, généralement sans signe d’appartenance à une classe sociale, contribuent à la rareté de cette pièce, produite, rappelons-le, il y a près de 3000 ans.
 
Comme on peut l’observer notamment de profil, la tête présente une forte déformation crânienne, reflet d’une coutume ancestrale en Mésoamérique consistant, on le suppose, à donner à la tête des dignitaires la forme allongée et bombée d’un épi de maïs, symbole de fertilité et d’abondance, et permettant de les distinguer du reste de la communauté.
 
Le visage est animé par deux yeux bridés et obliques, dont les pupilles sont perforées, résultant de la modification de la tête qui accentue l’ovale du visage et aplati considérablement le front. Le nez, plutôt menu, présente une arête longue et fine, légèrement de biais, et une jolie pointe arrondie. La bouche est entrouverte et les lèvres sont sensuelles et ourlées. Le menton est court et la mâchoire inférieure large et plate.
 
La tête, légèrement tournée vers la gauche, prend place sur un large cou suivi par des épaules amples et tombantes. Les bras sont écartés du fait de la posture du corps légèrement penché en avant. Ils se terminent par des mains rondes, non détaillées, posées sur les cuisses au niveau des genoux. 
 
Le torse supporte une poitrine naissante qui laisse imaginer que ce personnage est une femme, bien que les statuettes olmèques soient en principe asexuées. Cette hypothèse est renforcée par la finesse des traits du visage qui dégagent une douce féminité. Le ventre est percé d’un petit trou au niveau du nombril et présente un léger embonpoint. Les hanches et l’entrejambe sont en creux et forme un V, accentuant par contraste le volume du ventre et des cuisses. 
 
Les jambes posées sur le sol sont grandes ouvertes. Enveloppées dans la partie supérieure, elles s’affinent à mesure que l’on se rapproche des chevilles pour se terminer par deux pieds arrondis, tournés vers l’extérieur, avec la plante apparente. 
 
Comme cela semble être l’usage sur ce type de statuettes, l’artiste a rehaussé de peinture rouge les mains, les pieds, les plis de l’aine, les articulations (genoux et coudes) mais aussi l’entrejambe qui semble affublé d’un cache-sexe ainsi que la belle coiffe. 
 
L’état intérieur serein et concentré, qui émane de cette élégante sculpture, témoigne du talent et de la dévotion du céramiste qui a su donner vie à son œuvre. Au-delà, il exprime cette conscience de soi et du monde environnant, qui caractérise cette époque de l’histoire au cours de laquelle l’homme a commencé à se sédentariser, à se civiliser et à interroger le ciel pour trouver des réponses aux grands mystères de la vie. Autrement dit, cette figure coïncide avec la naissance en Mésoamérique d’une structure sociale hiérarchisée et d’un système religieux dont elle est une touchante manifestation.
 
Ce type de terres cuites ont été retrouvées en différents endroits du Mexique, aussi bien dans la vallée de Mexico que dans les États du Guerrero, de Puebla et du Morelos (site de Las Bocas, Tlapacoya, Tlatilco) et sur la Côte du Golfe, considérée comme l’épicentre de la culture olmèque. 
 
Cela étant, elles sont plus fréquentes sur les hauts plateaux centraux que sur les basses terres littorales du fait du climat plus sec ayant permis une meilleure conservation de l’argile. Bien que discrète dans les zones centrales et occidentales, la filiation avec l’art du peuple olmèque, tel qu’on peut le trouver sur la côte du Golfe, ne fait aucun doute.