PERSONNAGE DEBOUT OLMÈQUE

VERACRUZ - Mexique

900 – 600 AV. J.-C.

Hauteur : 19,6 cm - Largeur : 7,2 cm - Épaisseur : 3,8 cm

Jadéite vert clair à patine brune

Provenance 

Ancienne collection Samuel Dubiner depuis les années 1950

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1966

Collection Galerie Mermoz depuis 2007

Ce personnage debout est un chef-d’œuvre de l’art olmèque. Il est semblable aux célèbres statuettes filiformes découvertes sur le sanctuaire de La Venta, l’un des plus importants centres cérémoniels olmèques. Ses remarquables qualités sculpturales et la beauté de sa pierre polie signalent sa grande valeur, ce que confirme également le choix par l’artiste d’une magnifique jadéite vert clair.

Aussi important pour les peuples de Mésoamérique que l’or pour les Incas du Pérou, la jadéite était une roche rare, provenant de gisements éloignés de la zone métropolitaine olmèque. Particulièrement dure et exigeante à travailler, elle nécessitait en outre l’intervention des artistes lapidaires les plus expérimentés, ce qui a sans doute contribué à la rendre particulièrement précieuse.

Sur le plan symbolique, ses tonalités vertes et bleues et ses reflets lumineux ont également fait de cette pierre un support symbolique très fort, associée à la Nature et à l’Eau et investie de vertus en lien avec la fertilité et la renaissance. Considérée comme magique, la jadéite était ainsi dédiée à la fabrication d’offrandes funéraires, d’objets rituels et cérémoniels et de parures destinées aux dignitaires.

Le personnage ici présent démontre, par la finesse générale de ses traits, la dextérité et la sensibilité du sculpteur. Ce dernier a su restituer les volumes du corps avec une grande justesse, sans pour autant le détailler excessivement.

La tête concentre l’attention. Elle adopte les traits typiques du « visage olmèque », reconnaissable à un crâne allongé et bombé, résultat d’une déformation rituelle, des arcades sourcilières marquées, des yeux bridés, un nez puissant aux narines dilatées et percées, des joues pleines et enfin une bouche aux lèvres charnues et aux commissures tirées vers le bas, avec une lèvre supérieure relevée et une lèvre inférieure incurvée et ourlée.

Ces caractéristiques peuvent être interprétées de différentes façons, sans que l’une n’exclue l’autre. Il peut s’agir de traits ethniques propres aux Olmèques ou bien de la manifestation de ce que ce peuple considérait comme un idéal de beauté ou bien encore de l’expression de ses croyances, transcrites dans la pierre. Les traits des « visages olmèques » évoquent en effet ceux du jaguar, animal mythique, érigée en véritable divinité, et catalysant plusieurs cultes en lien avec le maïs et la pluie.

Cette caractéristique indique une volonté d’assimilation de l’homme et de l’animal sacrée. D’après les chercheurs, cette « fusion » aurait pour but de signaler la nature divine d’un individu, généralement un chaman ou un dignitaire.

À noter : les narines de ce personnage sont percées ainsi que les lobes des oreilles qui devaient peut-être accueillir autrefois des parures.Le corps élancé est travaillé avec soin. Les finitions et le polissage de la pierre sont impeccables, preuves du talent de l’artiste, d’autant qu’en Mésoamérique, à cette époque reculée, la métallurgie n’était pas connue et l’outillage peu diversifié était uniquement en pierre.

Les épaules arrondies sont tombantes. Les bras musclés sont droits et écartés du corps, les mains fermées positionnées à l’aplomb des hanches. Les doigts sont figurés par de fines incisions, tout comme les orteils. On distingue sur le bas-ventre, l’ébauche, à peine visible, d’un cache-sexe. Le torse est nu et les pectoraux légèrement bombés. 

Le dos est globalement plat. On distingue la courbe des fesses soulignées par une fine gravure. Les jambes sont très légèrement fléchies et les pieds légèrement surélevés. Le revers permet d’apprécier la forme bombée du crâne obtenu en exerçant une pression continue, sans doute dès la naissance lorsque l’ossature est encore malléable.

On ignore le sens exact de cette coutume, que l’on retrouve ailleurs dans le monde. Il est vraisemblable qu’elle constitue un marqueur social, permettant de différencier les membres d’un clan et d’identifier les personnes de même rang ou statut. Cette déformation devait également comporter un aspect esthétique et symbolique. Parmi les hypothèses formulées, il est souvent évoqué la ressemblance avec le grain de maïs, plante vitale et sacrée, objet d’un culte intense à travers la Mésoamérique qui a peut-être « pris corps » - au sens littéral du terme - de cette manière, par la manipulation de la tête, siège de l’âme et de la conscience.

Ce culte aurait également un lien avec le jaguar, divinité tutélaire, fortement associé à la venue de la pluie et donc à la croissance du maïs. Ainsi, ce type de statuettes humaines, imprégnées d’éléments se rapportant à l’animal et à la plante sacrée, pourraient matérialiser l’osmose primordiale de l’homme et de la nature et manifester l’interdépendance entre chaque forme de vie dans la pensée précolombienne.