VASE-EFFIGIE REPRÉSENTANT DEUX CHIENS ALLONGÉS

JALISCO - Mexique

100 AV. J.-C. – 250 AP. J.-C.

  • Hauteur : 16.2 cm
  • Largeur : 27.8 cm
  • Epaisseur : 17.5 cm

Terre cuite brune à engobe brun noir, à surface brillante

Cette superbe création est un chef-d’œuvre de l’art Jalisco dont il existe très peu d’exemplaires comparables. La complexité et la dynamique de la scène, figurant deux chiens en train de jouer, tournant l’un derrière l’autre, témoignent du degré d’excellence technique et artistique atteint par les sociétés villageoises du nord-ouest du Mexique, qui se sont sédentarisées le long de l’océan Pacifique aux alentours du début de notre ère.
 
Cet objet extrêmement élaboré, que l’on peut qualifier de véritable sculpture, devait appartenir à un gouvernant et a probablement été réalisé pour servir d’offrande funéraire. Enfoui aux côtés de ce dernier, au fond d’une tombe à puit typique de la région, il devait être suffisamment beau et résistant pour le mener vers les terres de l’au-delà et témoigner de son rang auprès des ancêtres et des esprits. 
 
Au-delà de sa qualité générale, le thème du chien corrobore cette hypothèse. Dans la pensée précolombienne, les chiens sont les guides des âmes défuntes, chargés de monter la garde et d’empêcher de funestes intrus de troubler le repos éternel de leur propriétaire. Dans toutes les sociétés et mythes mésoaméricains, ils occupent une place centrale en lien avec la mort et la renaissance.
 
L’espèce, ici représentée, est le Xoloitzcuintli, alias Xolo, un chien vieux de plusieurs milliers d’années, qui a la particularité d’avoir une peau lisse. Domestiqué par l’homme il y a fort longtemps, cette race, réputée pour son calme, recouvre une grande variété d’individus : certains majestueux au physique athlétique et d’autres nettement plus petits. En plus d’être un bon animal de compagnie et un fidèle gardien, le Xolo était jadis apprécié pour maintes raisons. 
 
Sa chair, apparemment raffinée, était considérée comme un met de luxe, il était donc élevé puis consommé lors d’événements importants. La température émise par son corps sans poil faisait également de lui un remède pour soulager certains maux. Les personnes sujettes en particulier aux insomnies, aux rhumatismes ou à des problèmes respiratoires avaient, dit-on, l’habitude de se blottir contre lui, tel un coussin chauffant, pour apaiser leur douleur et trouver le repos. 
 
EU ÉGARDS À SES NOMBREUSES QUALITÉS, IL SEMBLE ÉVIDENT QUE LE XOLO REPRÉSENTE ICI BIEN DAVANTAGE QU’UN SUJET PARMI D’AUTRES. OFFRIR À UN DÉFUNT UNE TELLE ŒUVRE ÉTAIT VRAISEMBLABLEMENT UNE FAÇON DE SUBVENIR SYMBOLIQUEMENT À BON NOMBRE DE SES BESOINS, AFIN QU’IL SURVIVE SANS ENCOMBRE LORS DE SON ULTIME VOYAGE FUNÈBRE. 
 
Cette pièce apparaît d’autant plus précieuse que les représentations de chiens provenant de la région du Jalisco sont beaucoup plus rares que celles provenant du territoire Colima, pourtant voisin, où le Xolo est l’un sujet de prédilection des artistes-céramistes.
 
Du point de vue de la composition, on observe ici deux chiens modelés en ronde-bosse, un tour de force sur le plan technique. Couchés sur le flanc, en position tête-bêche, ils se font face, leur dos tourné vers l’extérieur et leur tête penchées sur le côté, à l’opposé l’une de l’autre. 
 
Le chien le plus sombre (à droite) a le torse et le garrot manifestement relevés, avec la tête bien dégagée et les pattes avant posées devant lui l’une sur l’autre. Le chien plus clair (à gauche) semble couché sur le ventre, avec juste le cou droit, et les pattes avant remontées et repliées sagement sous la gueule. 
 
Le naturalisme dont a fait preuve le céramiste est remarquable. Les proportions sont justes, les détails nombreux. On retrouve aisément les caractéristiques du Xolo : un cou large, une nuque longue, un museau avancé avec des mâchoires carrées, une truffe bien visible ainsi que deux oreilles en V portées haut et de beaux yeux en amande qui ressortent, signalant sa vivacité.
 
L’engobe noir et poli, encore présent sur une grande partie de cette céramique, rappelle en outre, et sans doute à dessein, la robe gris anthracite ou marron foncé des Xolo, et la magnifique brillance de leur peau nue et satinée.
 
Les deux chiens sont représentés avec la gueule ouverte et la langue pendante. La forme et le volume donnés aux corps, bien que partiellement figurés, laisse deviner le profil galbé du Xolo, avec sa large poitrine et ses membres longs et puissants assortis d’une petite queue recourbée.