VÉNUS CALLIPYGE

CHORRERA - Équateur

800 - 400 AV.J.-C

  • Hauteur : 38.8 cm
  • Largeur :  16.5 cm
  • Epaisseur : 10 cm

Terre cuite brune avec traces de kaolin et engobe rouge brique au niveau de la tête

Cette femme aux belles formes arrondies soigneusement polies est emblématique des grandes figures creuses de l’art Chorrera, dernière tradition de l’air formative en Équateur, qui a succédé aux cultures Valdivia et Machalilla et s’est étendue, depuis la côte, à une grande partie du pays, à en juger par les nombreux styles régionaux qui s’y rattachent dans les vallées et les montagnes.
 
L’originalité de sa plastique à la fois réaliste et abstraite, son excellente finition, preuve du grand soin dont elle a fait l’objet, ainsi que la douceur qui émane de son visage recueilli, témoignent de la sensibilité et de la dextérité des céramistes équatoriens.
 
Réalisée à partir d’un moule, elle reprend les canons des Vénus callipyges Chorrera. Nue, avec une poitrine en léger relief, elle est figurée debout dans une attitude frontale et figée, les yeux clos suggérant un profond sommeil ou un intense moment de méditation.
 
Sa tête disproportionnée concentre l’attention. Celle-ci arbore un casque brun rouge, à patine lustrée, décoré d’un motif gravé et laissé mat, symbole de son rang et de son autorité. Cette coiffe bombée, typique des figures Chorerra, est à l’origine du nom « aviateur » par lequel ces dernières sont parfois désignés. Sa forme particulière, large de face, étroite de profil, et relativement haute, indique que cette femme a subi une déformation rituelle du crâne, comme il était de coutume en Amérique du sud au sein des classes dominantes. 
 
Bien que nous en sachions peu sur cette grande culture, du fait de l’insuffisance de moyens alloués aux recherches archéologiques, les découvertes ont démontré que la société Chorerra était hiérarchisée avec d’importantes castes supérieures composées de prêtres, de guérisseurs et de seigneurs-marchands. On estime que les grandes et belles céramiques féminines, construites sur le même archétype, se réfèrent à ces dignitaires et constituent de précieuses offrandes funéraires enfouis avec ces derniers.
 
À moins qu’il ne s’agisse de représentations d’idoles, évoquant l’émergence d’un matriarcat et de cultes de la fertilité, et ayant eu un rôle actif dans le déroulement des rituels agraires en particulier, une hypothèse soutenue par la production en série de ces effigies casquées. 
 
Enserré par cet imposant couvre-chef, le visage paisible ne présente pas de réelle individualité mais est empreint, en revanche, d’une grande douceur. Les arcades sourcilières en léger relief rejoignent un nez court et droit. Les yeux et la bouche sont indiqués sobrement par de fines gravures horizontales. Les joues sont plates et les oreilles parées de bobines cylindriques, un autre attribut qui signale que cette femme appartient à l’élite. Ses larges paupières supérieures, légèrement gonflées, apparaissent lourdes et contribuent à lui donner un caractère solennel et une forte intériorité.
 
Le corps hiératique est quant à lui traité simplement et symétriquement. Les mains et les pieds sont schématiques. Les épaules droites et développées lui confèrent une stature puissante. Elles annoncent des bras musclés et courts, en forme de grosses poires, encadrant une taille fine et un buste étroit animé par deux seins hauts et menus. En-dessous, on observe le ventre plat et lisse et les belles hanches larges et rondes menant à de jambes épaisses et courtes.
 
La culture Chorrera, une influence sur l’ensemble de l’Équateur et au-delà
Avant l’arrivée des Incas, de nombreuses cultures se sont épanouies sur le territoire appelé aujourd’hui Équateur. La côte pacifique, notamment, a vu fleurir plusieurs communautés sédentaires qui constituèrent le socle sur lequel se développèrent ensuite les hautes sociétés des Andes. La première phase de l’époque formative équatorienne est marquée par l’émergence de la grande culture côtière dénommée Valdivia, suivie par la culture Machalillas, puis la culture Chorrera, lors de la dernière phase, datée entre 1800 et 300 avant JC.
 
Cette dernière apparaît comme particulièrement influente. À partir de son épicentre, qui l’on situe dans la province actuelle de Los Rios, elle s’est étendue à tout l’Équateur, comme en atteste la présence d’œuvres artistiques aux caractéristiques similaires d’une région à l’autre. Son développement s’explique notamment par sa localisation, au cœur d’un écosystème prospère, irrigué par un important réseau de rivières, propice au développement de l’agriculture, de la pêche, de la chasse ainsi qu’aux échanges avec les autres provinces environnantes.
 
Fondée sur une structure sociale avancée et une forte spécialisation des corps de métiers au sein de chaque communauté, la culture Chorerra a porté l’art de la céramique à un niveau d’excellence qui témoigne d’un grand savoir-faire, hérité des cultures précédentes et exercé sur des milliers d’années.
 
Ses poteries zoomorphes, phytomorphes et anthropomorphes, d’excellente finition, rehaussées de peintures irisées et de décors en négatif, constituent un précieux catalogue des espèces animales et végétales composant la faune et la flore de l’époque ainsi qu’une mine d’informations, hautement esthétique, sur les us et coutumes des indigènes.
 
Les bouteilles, vases et bols de Chorerra présentent en effet une grande variété de mammifères forestiers, de reptiles ainsi que de nombreuses espèces d’oiseaux que les hommes devaient chasser. La représentation d’animaux marins suggère également l’exploitation des ressources maritimes et celle de courges et de fruits tropicaux, la pratique de la cueillette ainsi que différentes cultures agricoles en dehors de celle du maïs.
 
Les figurines moulées représentant des hommes et des femmes, qu’il s’agisse de prêtre, de chaman, de musicien, de danseur, d’acrobate ou d’autres personnages ayant un rôle notable, fournissent en outre de multiples indices sur d’éventuels styles vestimentaires et reflètent l’usage du tatouage et de la peinture corporelle, largement répandue au sein des cultures préhispaniques.
 
À noter : les vases à sifflet cérémoniels représentant des animaux et émettant des sons se rapportant à ces derniers constituent des œuvres de haute facture, tout à fait innovantes, à l’origine d’une évidente tradition musicale. 
 
Considéré comme le creuset de la nationalité équatorienne, la culture Chorrera a vraisemblablement établi des contacts avec l’Amérique centrale et les Andes septentrionales, et notamment avec la culture de Chavin au nord du Pérou, dont l’art céramique présente des similitudes qui ne peuvent relever du hasard.