XIPE TOTEC, DIEU DE LA FERTILITÉ, DU PRINTEMPS ET DE LA GUERRE

AZTÈQUE – Mexique

1300 – 1521 AP J.-C.

Hauteur : 75,7 cm - Largeur : 33,8 cm - Épaisseur : 21,7 cm

Andésite brun rouge     

Provenance

Ancienne collection Yvon Collet depuis 1969

Ancienne collection Andreas Lindner depuis 2000

Collection Galerie Mermoz depuis 2002

Ce personnage est un chef d’œuvre de l’art aztèque, par sa taille impressionnante, la qualité de la sculpture, son exceptionnel état de conservation et l’importance du sujet représenté.

L’individu en question est Xipe Totec, l’une des principales divinités du panthéon aztèque. Son nom signifie en nahuatl « notre seigneur l’écorché ». Il est le dieu de la fertilité, ordonnateur du renouveau, mais aussi dieu de la guerre et patron des orfèvres. Selon les récits mythologiques, il aurait pour coutume de s’écorcher pour nourrir l’humanité.

Son culte semble trouver son origine chez les Yopi de l’ouest, un groupe ethnique du Guerrero, au cours de la période classique, puis se serait diffusé à la période postclassique, le long de la côte du golfe du Mexique au Veracruz, et c'est probablement de là que les Aztèques ont incorporé Xipe Totec dans leur propre assemblée divine.

Ces derniers lui rendaient hommage au printemps, lors de la fête annuelle appelée Tlacaxipehualiztli. Durant plusieurs jours, des cérémonies avaient lieu au cours desquelles les prêtres revêtaient les peaux de captifs de guerre sacrifiés. Les spécialistes pensent que ces évènements constituaient à la fois des rites liés à la chasse et des rites agraires de fertilité dans lesquels le sang versé servait à nourrir la terre et les dépouilles humaines symbolisaient la nouvelle peau qui recouvre le sol, lors du retour de la saison des pluies.

Ces traditions expliquent que les statues érigées en l’honneur du dieu le dépeignent sous les traits d’un homme jeune, endossant une peau écorchée recouvrant tout ou partie du corps. Notre œuvre, comme la plupart des effigies emblématiques, de qualité muséale, présente tous les attributs caractéristiques de la divinité.

Son visage, tout d’abord, est dissimulé par une seconde peau, lisse, attachée par trois cordages à l’arrière du crâne, au-dessus d’une coiffe arrondie.

Sur le devant, on remarque les lèvres du porteur, à l’intérieur de la bouche béante de ce masque organique. Il est à noter que la plupart des représentations de Xipe Totec affichent une bouche large et grande ouverte.

De profil, on observe le contour de la peau, apposée sur le visage du personnage, derrière les grandes oreilles aux lobes percés. Les orifices des yeux en demi-lune ont également été sculptés de sorte à créer de la profondeur.

Le corps porte également une peau qui a été volontairement retournée. Elle couvre les épaules, les bras, le buste et le haut des jambes. Les motifs inscrits dans la pierre reproduisent les marques des couteaux d’obsidienne tranchants, utilisés lors des sacrifices.

Au revers de l’œuvre, on observe trois cordelettes, fixées à l’enveloppe corporelle offert par l’honorable victime, nouées dans le dos du porteur pour la maintenir.

Le bras gauche de l’homme est solidaire du corps, la main à l’aplomb de la hanche. Son bras droit est replié, l’avant-bras relevé et la main fermée, positionnée à la hauteur de la poitrine. L’observation d’effigies comparables à notre œuvre démontre que le dieu est très souvent représenté de la sorte. Il est fort probable qu’à l’origine, cette main fermée tenait le bâton de sonnailles ou bâton crécelle, designé en nahuatl sous le nom de Chicauaztli et qui compte parmi les principaux attributs de Xipe Totec.

On distingue deux autres mains sur cette œuvre, l’une pendant en-dessous de la main droite et l’autre accolée derrière la main gauche. Il s’agit de celles du sacrifié, accrochées à sa dépouille. On les retrouve sur de nombreuses représentations de Xipe Totec, qui, notons-le, sont pour la plupart en terre cuite, ce qui fait de notre œuvre en pierre, une pièce particulièrement rare.

Un trou a été ménagé au niveau du sternum. Celui-ci pourrait avoir contenu une pierre précieuse, parmi celles que les précolombiens utilisaient pour doter leurs statues de pouvoirs magiques (pierres vertes, pyrite, obsidienne, coquillages, etc).  En-dessous, on distingue une légère cicatrice horizontale, manifestement recousue. Il pourrait s’agir d’une ouverture effectuée pour extraire le cœur.

Les jambes sont nues. L’artiste a sculpté avec précision les cuisses, les genoux et les mollets. Le même soin a d’ailleurs été apporté à l’ensemble du corps, parfaitement restitué dans ses volumes comme dans ses proportions. Cette œuvre en revanche ne présente pas de pied, ils ont sans doute été brisés rituellement.