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Bol cérémoniel
représentant des danseurs rituels personnifiant un être mythique
Prix sur demande
Nazca / Pérou / 100 avant – 650 après J.-C.
Hauteur : 12,8 cm – Diamètre : 20,5 cm
Matière : terre cuite polychrome à engobe rouge-brun
Provenances : Ancienne collection Anneliese Roekl, Allemagne, depuis 1970 ; Collection Galerie Mermoz depuis 2022
Ce récipient cérémoniel illustre à merveille la puissance créative et l’esthétique captivante de la céramique Nazca, considérée comme l’une des plus belles et des plus inventives de l’ancien Pérou.
Établi sur la côte sud du pays, entre le Ier et le VIe siècle de notre ère, le peuple Nazca aimait la couleur et « détestait » le vide. Il ressort de ses œuvres une très grande richesse de teintes, bien supérieure à celle que l’on trouve dans d’autres répertoires céramiques à travers le monde, et des décors fournis couvrant généralement toute la surface de l’objet, particulièrement pour les pièces produites au cours de la phase « Prolifique », entre 400 et 600 environ après J.-C.
Le rendu encore vif de ce bol témoigne de ce goût marqué pour la polychromie, réalisée à partir d’une large gamme de minéraux broyés et signale une parfaite maîtrise des techniques de cuisson qui s’opérait dans des conditions délicates, dans un trou ou sur un feu ouvert, à des températures élevées. Le soin dont il a fait l’objet, visible à travers la qualité du modelage, du décor et de la finition générale, donne également une idée de sa grande valeur pour ses contemporains.
En plus de constituer un plaisir pour les yeux, ce récipient nous offre un précieux aperçu de la psyché du peuple Nazca et de sa perception profondément originale du monde ; un monde dans lequel le surnaturel et le symbolisme étaient omniprésents.
Crédits : Photographies Galerie Mermoz.
Le registre iconographique est de nature mythique. Les deux personnages principaux sont très similaires et renvoient à une entité populaire dans l’art Nazca, appelée, dans la littérature archéologique, Anthropomorphic Mythical Being litt. être mythique anthropomorphique, associée à la fertilité agricole et déjà présente sur les œuvres de la culture Paracas, antérieure aux Nazcas. Cette désignation s’applique en réalité à un ensemble de créatures hybrides, mi-humaines et mi-animales, portant un masque buccal à moustaches, un diadème, un sceptre, un corps allongé aux attributs zoomorphes et accompagnées de têtes-trophées.
La découverte de momies funéraires sur la côte sud du Pérou, portant des couronnes et des masques buccaux en or, comparables aux parures visibles sur les représentations de ces créatures surnaturelles, suggère que les membres de l’élite (caciques et chamans) personnifiaient ces dernières lors de cérémonies. Cette coutume magico-religieuse est d’ailleurs bien documentée et concerne la zone andine mais également la Mésoamérique où les dignitaires incarnaient des divinités en endossant leurs atours et leurs attributs en divers moments du calendrier rituel. Il est donc plausible que les personnages sur ce vase soient des danseurs rituels.
Les têtes sont imposantes, représentées de face et coiffées d’un diadème composé d’une barre horizontale, surmontée d’un motif semblable à une patte, encadré par des éléments recourbés en forme de feuille. Les trois traits incurvés, au centre de ce diadème, évoquent un visage avec les yeux et la bouche fermés.
Les yeux des personnages, ou « personnificateurs », sont grands ouverts. Les orbites sont blanches et les pupilles noires, une convention dans l’art péruvien et dans l’art Nazca en particulier, qui confère un regard fixe et hypnotique et pourrait traduire un état de transe. Les masques buccaux, de couleur crème comme les diadèmes, forment un cœur autour de la bouche. Ils comportent d’épaisses moustaches latérales qui prennent également l’apparence de visages stylisés. Les disques orangés, sur les tempes et au niveau des oreilles, représentent des parures, complétées par un beau collier encadrant le cou. On notera ici la technique généralement utilisée par les Nazcas pour leurs décors peints, consistant à tracer les pourtours de chaque élément au trait fin, noir ou blanc.
Chaque danseur tient dans la main gauche, un bâton, et dans la main droite, une tête-trophée empoignée par les cheveux. À droite de chaque visage, l’artiste a dépeint une sorte de queue sinueuse qui pourrait être, dans la réalité, un manteau ou une cape qui flotte. L’aspect ondulant indiquerait que les personnages bougent, au son cadencé des chants, des tambours et des flûtes de pan, animant la cérémonie de personnification.
L’iconographie est riche et rythmée par de nombreux éléments iconographiques imbriqués. L’ensemble de ces signes constitue un discours complexe relatif au système de croyance Nazca, que seuls les initiés pouvaient décoder.
Le décor est composé de trois bandes. Le registre supérieur comporte plusieurs épines entre lesquelles sont encastrés des visages rectangulaires, sans doute des têtes-trophées stylisées. Le registre intermédiaire est composé de plusieurs cases, décorées, d’un côté du récipient, de points noirs évoquant des semences, et de l’autre côté, de points et d’un motif triangulaire allongé évoquant des gouttes de sang fertilisant la terre. Le registre inférieur, enfin, reprend le registre supérieur, mais dans l’autre sens.



À l’extrémité, positionnée dans le sens inverse de chaque tête, se trouve un animal semblable à un gros chat ou à un félin, vu de face, présenté debout sur ses pattes avant. Les yeux circulaires blancs, les oreilles triangulaires et la longue langue pendue leur donnent une expression étrange et pénétrante, comme s’il s’agissait d’une hallucination induite par de puissants psychotropes.
L’observation attentive du dessous du vase permet de discerner le reste du corps du danseur qui apparaît décalé par rapport à la tête. On distingue ainsi, en bas et à droite des visages des danseurs, une jupe à frange assortie d’un cache-sexe puis les jambes et les pieds.


Les déroulés des décors présents sur d’autres récipients Nazca, réalisées par Christiane Clados, disponibles dans la base de données FAMSI/Nasca Drawings Collection, permettent de mieux appréhender dans sa globalité le type d’iconographie qui décore notre récipient, et l’incroyable habileté de l’artiste qui aura su la réaliser avec perfection sur un support circulaire très contraignant.
D’autres œuvres permettent, quant à elles, de soutenir l’idée qu’il s’agit, ici, de la représentation de danseurs rituels, richement parés et costumés. Le fragment de tissu du Museum of Art de Cleveland, notamment, dépeint une procession impliquant des félins, ou des hommes vêtus comme tels, tenant des têtes de trophées et portant un diadème et un masque à moustaches. Selon les spécialistes, il s’agit d’hommes personnifiant des êtres surnaturels censés contrôler la fertilité.
Certains spécialistes rapprochent « l’être mythique anthropomorphique » du « Démon Chat » ou « Spotted Cat », autre figure récurrente du répertoire artistique Nazca. Pour une partie d’entre eux, il s’agirait d’un animal ayant progressivement pris forme humaine, et pour une autre partie, il s’agit plutôt d’un être humain doté de pouvoirs surnaturels empruntés au monde animal. Dans tous les cas, il reste évident que le félin était pour les Nazcas une figure symbolique et religieuse très importante, associée à la fertilité et aux têtes-trophées.
Parmi les espèces présentes au Pérou, il semble que le Chat de la Pampa ait eu une importance particulière. Ce félin sauvage, tacheté et trapu, vit dans les steppes froides des plus hautes altitudes comme dans les savanes chaudes et les forêts des altitudes inférieures. Il est envisageable que les Nazcas en aient fait un animal de compagnie, à des fins rituelles, et qu’ils l’aient investi de grands pouvoirs, le premier d’entre eux étant de maintenir les cultures en bonne santé, en mangeant les parasites qui les menacent, assurant le rôle d’esprit de la moisson et « d’apporteur de nourriture » selon Eduard Seler (1849-1922), spécialiste de l’Amérique préhispanique.


Crédits : Photographies Shutterstock.
En ce sens, le chat de la pampa était fortement associé aux têtes-trophées, une coutume ancestrale consistant à décapiter et à embaumer la tête d’hommes, généralement de jeunes adultes. En l’état de nos connaissances, ces têtes avaient le pouvoir de permettre la régénération des cultures et la continuité de la vie. C’est ce qui explique qu’elles soient souvent représentées dans l’art Nazca, avec des plantes qui sortent de leur bouche, associées à des figures mythiques portant un masque à moustaches.
Ces têtes-trophées étaient vraisemblablement exhibées lors de fêtes et cérémonies notamment agricoles et inhumées, en groupe, dans des caches votives, en guise d’offrandes aux puissances de la nature. Une façon pour les amérindiens de s’attirer leur faveur et de mieux contrôler leur destinée. Longtemps, les chercheurs ont supposé que ces têtes étaient des butins de guerre, prélevés sur des ennemis vaincus et sacrifiés. Or les découvertes récentes issues notamment des recherches sur les têtes de la collection du Chicago’s Field Museum montrent que celles-ci provenaient de l’endroit où elles ont été retrouvées et non de zones extérieures au territoire Nazca.

L'avis de l'expert
La comparaison de notre œuvre avec le masque buccal en or martelé du Brooklyn Museum et d’autres récipients Nazca similaires conforte l’idée qu’il s’agit de visages stylisés, sur le diadème et les « moustaches », et permet de comprendre que ceux-ci sont prolongées par plusieurs serpents, des animaux associés à la pluie et à la fertilité. Il s’agit donc probablement de représentations abstraites d’esprits de la nature.
Œuvres comparatives
Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.
Bol Nazca polychrome. Collection Florida Museum of Natural History
Bouteille Nazca polychrome. Collection British Museum, Londres, #Am1931, 1123.1
Bouteille Nazca polychrome. Collection Metropolitan Museum of Art, New York, #1996.174
Bol Nazca polychrome. Collection Art Institute, Chicago, #1955.1934
Sources & Ressources
- TOWNSEND Richard F., Curator of the Department of Africa, Oceania and the Americas at the Art Institute
of Chicago, Deciphering the Nazca World: Ceramic Images from Ancient Peru. - KNUDSON Kelly J. WILLIAMS Sloan R., OSBORN Rebecca, FORGEY Kathleen, WILLIAMS Patrick Ryan,
The geographic origins of Nasca trophy heads using strontium, oxygen, and carbon isotope data, Journal of Anthropological Archaeology 28 (2009) 244–257. - PROULX Donald A., University of Massachussets, Nasca Headhunting and the Ritual Use of Trophy Heads in: Nasca: Geheimnisvolle Zeichen im Alten Peru, Museum Rietberg Zurich, 1999.
- PROULX Donald A., University of Massachussets, Nasca Iconography in: Inca-Perou: 3000 ans d’Histoire, p.384-399, Sergio Purini, Gent, Belgique, 1990.
- PROULX Donald A., University of Massachussets, Nasca Ceramic Iconography: An overview.
- WILLIAMS Sloan, FORGEY Kathleen, KLARICH Elizabeth (2001). An osteological study of Nasca trophy heads collected by A.L. Kroeber during the Marshall field expeditions to Peru. Field Museum of Natural History.
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