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Accueil / Œuvres / Œuvres à la vente / Bouteille à anse-goulot en étrier représentant un féroce jaguar

Bouteille à anse-goulot en étrier

représentant un féroce jaguar

Prix sur demande

Chavin / Pérou / 700 – 200 avant J.-C.
Hauteur : 24 cm – Largeur : 14 cm – Longueur : 20,5 cm
Matière : terre cuite creuse à engobe orangé-brun et décorations polychromes
Provenances : Ancienne collection Bendicht Rudolf Wagner depuis 1958 ; Collection Galerie Mermoz depuis 2012.
Expositions : PAD Paris 2019 ; PAD Monaco 2019 ; PAD Londres 2019.

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Cette magnifique bouteille zoomorphe témoigne du degré d’excellence atteint par les céramistes établis dans la zone d’influence du grand centre cérémoniel de Chavín de Huantar, qui a vu le jour au nord du Pérou vers 900 avant J.-C. Ce haut lieu de pèlerinage est à l’origine de la civilisation Chavín, qui rayonna sur toute l’aire andine au cours du 1er millénaire avant notre ère, au point d’être considérée comme la mère des cultures postérieures.

La complexité du modelage de cette pièce, la richesse de sa polychromie, la précision des décors gravés et l’expressivité du sujet en font un exemplaire hautement original, parmi ces récipients, typiquement péruviens, qui reçoivent le nom de vases « à anse-goulot en étrier » en raison de leur forme si particulière évoquant l’équipement des cavaliers. Véritable prouesse technique, cette œuvre est également un objet symbolique de première importance, comme en atteste la représentation d’un jaguar, animal sacré, objet d’un culte intense à travers toute l’Amérique latine.

Les vases, dotés d’une anse arrondie et surmontés d’un goulot, ont été produits durant trois à quatre millénaires par de nombreuses cultures préhispaniques, qui l’ont chacune réinventé. L’origine de ce type de terres cuites remonterait à la culture Cupisnique, apparue avant la culture Chavín. Leur réalisation nécessite un savoir-faire complexe, acquis sur des centaines d’années, que seuls les meilleurs artisans détenaient. Ainsi, les vases et bouteilles, adoptant cette forme, étaient des artefacts de grande valeur, utilisés par les religieux et les chamans lors des rituels, déposés dans des caches comme offrandes votives à proximité des temples, ou bien enfouis aux côtés des dignitaires comme preuves de leur statut et destinés à les accompagner dans leur voyage vers l’au-delà.

Il existe de très nombreuses déclinaisons, tant au niveau de l’anse qu’au niveau du corps du vase, et en la matière les céramistes péruviens ont démontré une créativité sans borne, d’une tradition à l’autre. Le musée Larco de Lima offre un magnifique panorama de ce répertoire fort original, parmi tous les trésors du Pérou antique que compte sa collection.

Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.

Notre pièce comporte trois parties – le corps du jaguar, sa tête et l’anse – sans doute façonnées séparément, à la main ou à l’aide d’un moule, puis réunies par un minutieux procédé.

Le corps du jaguar, ici en position assise, constitue la chambre du vase. Il est décoré de disques incisés, avec une cupule au centre, représentant de façon stylisée les rosettes du félin. Peints dans différentes nuances brunes et rouges brique, ces motifs circulaires ornent le devant, le dos et l’arrière du récipient. Les poils du pelage sont également figurés par de minuscules marques réalisées avec une pointe avant la cuisson, sur toute la surface du vase, recouverte d’un bel engobe orangé.

jaguar au repos

rosettes de jaguar

Les pattes sont solidaires de la panse. Les pattes arrière, uniquement, arborent une bande horizontale rouge foncé. Au niveau de la base du vase, on distingue le rembourrage, plus clair, qui protège les doigts et les griffes du félin. La queue, habituellement longue et puissante, est ici menue. En revanche, la souplesse de cet appendice se devine à la courbe fluide que lui a donnée le céramiste.

Ce corps, aux belles formes et aux lignes claires, est plus haut sur l’arrière. Le plan incliné du dos descend en pente douce vers la tête grimaçante de l’animal, tournée sur le côté. Partie la plus expressive du récipient, celle-ci souligne, à travers une multitude de détails soigneusement travaillés par l’artiste, la férocité et la puissance du jaguar, contrastant avec la rondeur et la douceur du corps.

jaguar rugissant

zoom sur tête de jaguar

La gueule ouverte adopte une forme rectangulaire. Les lèvres épaisses sont fortement gravées dans la terre et peintes en rouge. Les crocs imposants sont bien visibles, serrés et recouverts d’une couleur crème. L’artiste a fait apparaître, au milieu de cette impressionnante dentition, la langue tirée, caractéristique du jaguar en alerte. Les canines tranchantes, fonctionnant comme des ciseaux, ont été volontairement exagérées et ressortent devant les babines.

La puissance des mâchoires du prédateur est manifestée par l’importance que leur a donnée le céramiste et les incisions profondes accentuant la tension du visage. Les narines dilatées forment deux boucles en léger relief, séparées par une fente. Les muscles céphaliques, tendus, sont représentés par deux arcades saillantes partant du museau pour rejoindre les oreilles dressées. Elles contournent les yeux exorbités, dont les pupilles ont pour réflexe de s’élargir lorsque le félin chasse, en général de nuit. D’un point de vue symbolique, on notera que l’accentuation des yeux renvoie au don de clairvoyance des esprits nocturnes et terrestres. On observe en dessous, une profonde rainure échancrée, menant du nez aux oreilles, figurant la peau retroussée des joues. Sur le devant du crâne, le pelage froncé, signe de l’attitude offensive du félin, est représenté par des gravures irrégulières, ressemblant à des vaguelettes.

L’anse en étrier surmonte le tout. Ses deux bras courbes prennent appui sur la tête et le dos de l’animal, créant un pont harmonieux, doté d’un goulot droit, étroit et relativement court.

Le jaguar est l’une des trois espèces les plus importantes de la Cordillère des Andes. Trônant au sommet de la pyramide animale, ce grand carnivore symbolisait, aux yeux des peuples précolombiens, le pouvoir, le courage et la force de la terre, complémentaire du serpent, associé au monde souterrain, et du condor, associé au monde céleste.

Au Pérou comme ailleurs, la capacité du félin à se camoufler et à chasser aussi bien sur terre que dans les arbres ou l’eau a fait de lui l’auxiliaire privilégié des chamans qui recouraient aux transes afin d’entrer en contact avec son âme et de voyager à travers les réalités invisibles du cosmos. Pour ces guérisseurs, chargés de trouver l’origine des maladies et de proposer des remèdes par l’entremise des esprits, le jaguar incarnait une présence vitale puissante et agile, capable de repousser les forces négatives et de catalyser les métamorphoses. Ceci explique la récurrence de ses représentations sur tous types d’objets, qu’il s’agisse de céramiques, de sculptures en pierre, de textiles, etc.

portrait Santo Micali

L'avis de l'expert

Appréhendé dans le contexte magico-religieux du Pérou antique, nous pouvons imaginer que ce vase ait servi de calice et contenu une décoction de plantes psychotropes, dans le cadre d’un rituel thérapeutique ou d’une lecture d’oracle. D’autant que l’étude des ruines du site de Chavín de Huantar a montré la présence de puissants hallucinogènes dans son monde cérémoniel. Le cactus San Pedro est explicitement décrit dans son iconographie, tout comme le cactus peyotl mexicain.

Œuvres comparatives

Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.

Vase Jaguar Chavin, collection Vilcek Foundation, New York # 1996.05.1.

VILCEK FOUNDATION

Vase Jaguar avec cactus Cupisnique, collection The Walters Art Museum, Baltimore # 48.2832.

THE WALTERS ART MUSEUM

Vase Jaguar Cupisnique, Collection Metropolitan Museum of Art, New York #1978.412.217.

MET

Vase tête de jaguar Chavin, Collection The Museum of Fine Arts, Houston #92.262.

MFAH

Sources & Ressources

  • Danièle Lavallée, Luis Guillermo Lumbreras, Les Andes de la Préhistoire aux Incas, L’univers des formes, Gallimard, Paris, 1985.
  • Walter ALVA, Ignoacio Alva Meneses, Henning Bischof, Chavin, Peru’s Enigmatic Temple in the Andes, Museum Rietberg, Scheidegger & Spiess, Zurich, 2013.
  • Walter Alva, Ulla Holmquist, Natalia Majluf, Pérou : Les Royaumes du Soleil et de la Lune, Musée des Beaux-Arts de Montréal, 5 Continents Editions, Milan, 2012.
  • Lévine Daniel. L’art religieux du Pérou préhispanique : « l’écriture du divin », dans Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 151ᵉ année, N. 1, 2007. pp. 35-51.

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