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Accueil / Œuvres / Œuvres à la vente / Chaman debout portant un masque de bébé crocodile

Chaman debout

portant un masque de bébé crocodile

Prix sur demande

Versant atlantique – Costa Rica / 100 – 700 après J.-C.
Hauteur : 76,2 cm – Largeur : 45 cm – Épaisseur : 30 cm
Matière : andésite basaltique gris à patine brune
Provenances : ancienne collection Stendhal Galleries, USA, depuis 1969 ; collection Galerie Mermoz depuis 2012.
Expositions : PAD Paris 2016 ; Tefaf Maastricht 2022.

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Cette œuvre magistrale est typique de la statuaire en ronde bosse du Costa Rica précolombien. Remarquable du point de vue sculptural, elle est aussi fort bien conservée. Massive dans ses formes, elle dégage parallèlement une grande intériorité et une certaine douceur qui lui confèrent un caractère à la fois fort et protecteur. Cette pièce, dont on pense qu’elle devait trôner dans l’enceinte d’un lieu de culte, provient du versant atlantique du Costa Rica, un territoire à la frontière entre deux vastes aires culturelles, la Mésoamérique au nord et l’Amérique latine au sud.

Bien que les œuvres costaricaines aient été influencées dans leur style par leurs voisins ainsi que par l’art des Caraïbes, les artistes locaux ont su développer un répertoire unique et distinctif dont cette sculpture est un magnifique exemple, tirant pleinement parti de la nature de leur sol. Des volcans nombreux, qui forment la « ceinture de feu du Pacifique », ils ont extrait des pierres de caractère, à partir desquelles ils ont façonné des œuvres cérémonielles impressionnantes, imprégnées de toute la puissance des forces telluriques.

La figure humaine est un thème central dans l’art du Costa Rica, de même que celui du chamanisme, qui pourrait avoir sa source dans les liens entretenus avec les peuples d’Amérique latine. Bien que la valeur d’une œuvre ne soit pas fonction de sa taille, une sculpture d’une telle dimension témoigne de la place centrale du chaman au sein du clan en tant que détenteur d’un immense savoir et de dons considérés comme magiques.

Crédits : Photographies Michel Gurfinkel.

Doté d’une carrure trapue et d’un corps très musclé, le personnage se tient debout et de face sur de larges pieds lui servant de socle. Les épaules particulièrement développées et arrondies forment un arc de cercle dans la partie supérieure. Les bras épais qui les prolongent sont bien droits, parallèles au buste, tout en en étant légèrement séparés. Les coudes, tout comme les rotules, sont saillants. Les mains, tout comme les pieds, sont massives et à peine détaillées. Elles tournent leur paume ouverte vers l’arrière pour ne montrer que leur dos.

La taille est marquée par une simple lanière faisant le tour du corps et le sexe est apparent. Le torse est fortement bombé et le dos légèrement incliné et cambré. L’homme arbore un large collier composé d’une barre et de cinq pendants verticaux rappelant les bijoux en jadéite trouvés au Costa Rica et portés par les dignitaires à des fins esthétiques, mais surtout sociales et religieuses, le jade étant considéré comme une pierre sacrée et magique, et par conséquent l’apanage des puissants.

Les yeux du chaman sont clos. Son visage est caché par un masque de bébé crocodile, un alligator ou un caïman, reconnaissable à sa forme allongée de profil et à ses narines protubérantes à l’avant du museau. Le sculpteur a veillé à différencier le masque du visage en lui donnant une certaine épaisseur et en marquant son pourtour. De face, l’homme semble esquisser un léger sourire qui lui donne un air bienveillant. Les oreilles rondes et décollées sont percées en leur centre. Une coiffe en forme de tiare, comportant trois niveaux, parachève ce monument sculptural. Ce type de coiffes se retrouve sur des œuvres comparables et pourrait être la représentation de plumes assemblées verticalement pour former plusieurs cylindres de diamètres différents.

Le chaman, médiateur entre le monde des hommes et des esprits.

Dans les sociétés ancestrales, le chaman était un personnage de très haute importance, auquel on attribuait de puissantes facultés extra-sensorielles. Sa capacité à entrer volontairement dans des états de conscience modifiée lui permettait d’interagir avec l’autre monde, celui des esprits de la nature et des ancêtres imperceptible pour les personnes ordinaires.

Son rôle était à la fois multiple et majeur pour la survie de son clan, qui le consultait pour donner sens aux événements, soigner maux et infortunes, invoquer la pluie pour les récoltes, et plus généralement pour tout ce qui nécessitait d’intercéder auprès des puissances supérieures.

À la différence des systèmes religieux dans lesquels l’ordre humain prime sur l’ordre naturel, le chamanisme fait alliance avec le monde naturel et surnaturel ; les notions d’échange et d’équilibre entre les différentes réalités et entités du cosmos sont fondamentales. Lorsque les énergies transcendant l’univers sont perturbées, les problèmes surviennent et le chaman doit intervenir pour restaurer la communication et la bonne marche des choses.

Pour provoquer les états de transe, d’hypnose ou d’illusion des sens, indispensables à la libération de la conscience et au voyage de l’âme, le chaman procède aux rites. Aidée par les vibrations des tambours, les sons entêtants des mélodies sacrées et les substances psychotropes induisant des visions et des hallucinations, il accède aux réalités invisibles.

Pour sonder le cosmos et protéger son âme des forces hostiles qui le peuplent, le guérisseur convoque généralement l’esprit d’un animal, doté de précieuses capacités pour évoluer dans les airs, sur terre ou dans l’eau. Cette faculté à s’extraire spirituellement de son propre corps pour investir celui d’un autre être est aussi l’un des attributs du chaman et l’on imagine aisément la considération que pouvaient avoir les indigènes pour ceux d’entre eux qui détenaient une telle magie.

Les œuvres rituelles et cérémonielles produites par les peuples de l’ancien Costa Rica témoignent de cette fascination pour le phénomène de métamorphose. Nombre d’entre elles font allusion ou décrivent la transcendance de l’âme à travers des figures d’hommes masqués, des figures d’hommes se transformant en animaux ou des créatures hybrides aux attributs anthropomorphes et zoomorphes.

Personnages debout portant un masque de crocodile

Personnages agenouillé portant un masque de crocodile

Personnages portant un masque de crocodile.
Versant atlantique, Costa Rica. Collection galerie Mermoz, Credits : photo de gauche, Frédéric Dehaen, studio Asselberghs, Bruxelles photo de droite, galerie Mermoz.

Le crocodile, prédateur primordial, régnant sur les eaux et la terre.

crocodile sur rondin de bois

crocodile dans l'eau

Crédits : Photographies Shutterstock.

Le Costa Rica concentre une grande population de crocodiles, principalement des caïmans et des alligators américains. De tous temps, ce redoutable prédateur a toujours inspiré crainte et fascination. Il n’est donc pas surprenant que les indigènes, contraints de cohabiter avec lui, en aient fait, comme en Égypte, un être surnaturel extrêmement puissant, que l’on pouvait dès lors vénérer et amadouer.

Probablement ces hommes ont-ils reconnu en cette créature primitive et rampante le descendant direct du dragon originel qui, selon les mythes, donna naissance à la terre, décrite comme une surface à reliefs flottant sur les eaux primordiales, semblable au dos rugueux et bosselé du reptile.

Aussi impassible qu’imprévisible, régnant telle une sentinelle silencieuse sur le monde aquatique, le crocodile porte en lui un symbolisme riche et ambivalent, dont les racines sont très anciennes. Par son mode de vie, il est naturellement lié au monde inférieur, royaume invisible et obscur, qui, dans la psyché collective, engloutit les âmes des morts comme le reptile engloutit impitoyablement ses proies.

À l’instar du crapaud, lui aussi amphibien, le crocodile est également lié au monde terrestre. Passant son existence entre le monde inférieur et la surface, il représente un précieux auxiliaire pour le chaman dont la fonction est précisément de passer d’une réalité à l’autre, prêtant au guérisseur ses nombreuses qualités : sa vision très évoluée notamment de nuit et sous l’eau, sa faculté à se camoufler en prenant l’apparence d’un simple tronc d’arbre à la dérive, mais aussi son intelligence, sa puissance et sa rapidité.

Cette double connotation, négative et positive, va plus loin. Dans de nombreuses cultures, le reptile est associé à la mort autant qu’à la vie. Destructeur et occulte, il est aussi créateur et fécond, pondant entre 20 et 60 œufs dont l’éclosion coïncide avec le début de la saison des pluies. À ce titre, il est donc aussi un symbole de fertilité, que son habitat, au beau milieu d’une végétation tropicale luxuriante, renforce. Vieux de plusieurs millions d’années, il a en outre démontré, plus que toute autre espèce, sa capacité à survivre en milieu hostile, une longévité qui a sans doute entretenu l’idée qu’il s’agit d’une créature d’essence divine, une force de la nature dont les chefs arboraient les attributs pour mieux manifester et asseoir leur pouvoir sur leurs semblables.

Expositions

Œuvres comparatives

Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.

Personnage avec masque de crocodile. Collection Denver Art Museum #1995.398.

DENVER ART MUSEUM

Personnage avec masque de crocodile. Collection The Brooklyn Museum, New York #34.5084.

BROOKLYN MUSEUM

Personnage avec masque de crocodile. Collection Denver Art Museum #1995.403.

DENVER ART MUSEUM

Pendentif crocodile. Collection The Metropolitan Museum of Art, New York # 1979.206.1064.

MET

Sources & Ressources

  • BAUDEZ Claude R., Archaeologia Mundi, Amérique Centrale, Les Éditions Nage, Genève, 1970, N°141, p. 192.
  • ABEL-VIDOR Suzanne, BISHOP Ronald L., Between Continents/Between Seas: Pre-Columbian Art of Costa Rica, Detroit Institute of Art, Harry N. Abrams, New York, 1981.
  • STONE Doris, Dr. STEVENSON Jane, DAY Toby, STOETZER Robert, Art of Costa Rica, Pre-Columbian Painted and Sculpted Ceramics form the Arthur M. Sackler Collections, The Arthur Sackler Foundation and The Ams Foundation for the Arts, Sciences and Humanities, Washington D.C, 1985.
  • Trésors du Nouveau Monde, catalogue de l’exposition du 15 septembre au 27 décembre 1992, Musées Royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, 1992.
  • SNARSKIS Michael, SALGADO Silvia, SANCHEZ Luis, Arts précolombiens de l’Amérique centrale, coédition Musée Barbier-Mueller de Genève et Somogy Éditions d’Art, 2001.
  • LOTHROP Samuel K. and others, Essays in Pre-Columbian Art and Archeology, Harvard University Press, Cambridge, Massachusetts, 1961.
  • JOYCE Rosemary A. (Ed), Revealing Ancestral Central America, Smithsonian Institution, Washington. 2013.

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