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Crapaud Buffle
symbole de fertilité, de métamorphose et de renaissance
Prix sur demande
Olmèque – Mexique / 900 – 400 AV. J.-C.
Hauteur : 11,5 cm – Largeur : 13,5 cm – Épaisseur : 23,5 cm
Matière : grès glauconieux vert à patine brune
Provenances : ancienne collection européenne depuis 1969.
Ce magnifique crapaud est un chef-d’œuvre de l’art olmèque. Son naturalisme remarquable, la beauté de sa pierre polie ainsi que les pouvoirs surnaturels qui lui étaient attribués en Mésoamérique le désignent comme un objet cérémoniel de grande valeur ayant appartenu à un personnage de haut rang. Sa taille, de 23 cm de long, est également notable, d’autant qu’elle correspond à celle que peuvent atteindre les plus gros spécimens.
Le crapaud buffle est originaire d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud ; il doit son nom à sa corpulence peu commune. Parmi toutes les créatures qui peuplaient l’écosystème naturel des cultures précolombiennes, ce batracien géant, vorace et venimeux, occupait une place majeure, à la frontière entre magie et médecine, interagissant avec les hommes dans de nombreux aspects de leur vie.
L’observation d’œuvres produites par différentes cultures de la Mésoamérique suggère que celui-ci participait activement à la vie rituelle, fournissant aux chamans un puissant psychotrope utilisé comme substance divinatoire et remède thérapeutique. Sécrétée par les glandes de son dos, cette toxine hallucinogène, consommée avec discernement, produit des visions ; elle permettait aux guérisseurs d’entrer en connexion avec les autres sphères de l’univers, d’enclencher le processus de la métamorphose et d’accéder à la connaissance.
Les caractéristiques biologiques du crapaud ont également fait de lui un symbole fort de fertilité et de régénération, autres concepts religieux fondamentaux en Mésoamérique. Enfin, son mode de vie dual, à la fois terrestre et aquatique, s’est traduit, dans la pensée mythique des anciens Mexicains, par la capacité à traverser les différentes dimensions du cosmos, remontant constamment du royaume de la mort vers celui de la vie. Autant d’éléments qui ont fait de ce batracien, un animal bien plus crucial qu’on a pu l’imaginer.
Les recherches universitaires sur le rôle des animaux dans l’idéologie de la Mésoamérique et sur l’usage de leurs représentations dans la vie religieuse se sont longtemps concentrées sur le jaguar, considéré comme l’espèce la plus importante et élevé au rang de divinité dès l’époque olmèque. Mais certains chercheurs, tels qu’Alison B. Kennedy, soutiennent que le crapaud buffle avait une place tout aussi primordiale et que les attributs typiques de l’entité olmèque nommée Were-Jaguar (jaguar-garou) sont en fait des caractéristiques de l’amphibien. Il est possible que ce soit le cas d’autres êtres surnaturels dotés d’une bouche géante, de gencives édentées, d’une longue langue et d’une dépression crânienne entre les yeux, en particulier celles ayant un lien avec la pluie.
Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.
La façon dont le crapaud buffle est restitué témoigne d’un admirable talent et d’un grand sens de l’observation. L’artiste a su parfaitement rendre compte des volumes de ce batracien massif et ventru, dont la peau rugueuse est couverte de saillies, capable d’inspirer une grande quantité d’air pour gonfler son corps et paraître plus impressionnant face à un prédateur.
Le corps trapu et compact est profondément sculpté. La tête imposante présente une division caractéristique, entre les yeux ronds à l’intérieur desquels sont figurées les pupilles horizontales, très bien adaptées à la vision nocturne. La bouche est immense et les lèvres fines sont jointes et en relief.
Les glandes parotides, sécrétant le venin utilisé par les chamans lors des rituels, sont représentées par deux bosses ovales, situées sur le dos à l’arrière de la tête. Cette substance laiteuse, produite par le crapaud lorsqu’il se sent menacé, est dangereuse et peut provoquer une crise cardiaque. Il semble évident que l’artiste a souhaité mettre l’accent sur cet attribut.
Les pattes postérieures sont courtes et repliées et les pattes antérieures sont en partie ramenées sous le ventre. L’artiste a sculpté avec précision le dessous de l’œuvre. Preuve de son talent, la forme de la gorge rend compte de sa capacité à s’étendre pour permettre au crapaud d’avaler des proies de grande taille (rongeurs, oiseaux, reptiles, etc.).


Crédits : Shutterstock.
Le crapaud buffle, l’incarnation du phénomène de la métamorphose et de la fertilité
En Mésoamérique le crapaud buffle était un animal sacré et vénéré à plus d’un titre. Sa signification totémique provient de son activité essentiellement nocturne et de sa familiarité avec les marais, les étangs et les grottes, considérés comme les voies d’accès à l’inframonde, lieu sombre et humide habité par les âmes défuntes et les esprits maléfiques. Mais le crapaud n’est pas seulement un habitant du monde du dessous, il est aussi présent sur la terre ferme. Cette capacité à passer aisément d’un milieu à l’autre, ajoutée à ses mues rapides et fréquentes au cours desquelles il ingère sa vieille peau, a fait de lui une créature magique très utile aux chamans et aux dirigeants, chargée d’un symbolisme complexe et multiple.
Selon toute vraisemblance, il incarnait aux yeux de ces derniers le processus même de transformation et de régénération au fondement des croyances religieuses mésoaméricaines. Convoité pour son mucus, propice aux rêves visionnaires, il était considéré comme un passeur qui accompagnait les souverains défunts dans leur périlleux voyage à travers les enfers et leur permettait d’en ressortir vivants dans l’au-delà, assurant l’émergence perpétuelle de nouvelles générations de gouvernants.
Ce récit mythique semble ressortir sur des œuvres telles que les somptueux jougs du Veracruz, dont certains présentent un être humain sortant de la gueule béante d’un crapaud, ou d’une créature composite, et qui pourrait illustrer la renaissance de ce dernier. Le dignitaire olmèque dont la tête est gravée d’un dessin de crapaud muant, appartenant à la collection du musée d’art de l’université de Princetown, est, lui, un témoignage assez évident du rôle du batracien dans les rituels de transformation chamanique. Quant au vase codex maya conservé au Lacma, il tend à confirmer la relation entre le crapaud et la royauté. La scène peinte représente trois wayob’, nom donné aux esprits compagnons des souverains mayas, prenant l’aspect d’un jaguar, d’un serpent et d’un gros crapaud.
Le grand pouvoir de régénération conféré à l’animal était probablement renforcé par sa réapparition lors de la saison des pluies, après plusieurs mois d’enfouissement sous terre ; un retour à la surface accompagné de forts coassements qui devaient être perçus par les hommes comme des chants incantatoires en direction du ciel, afin que les dieux déclenchent les ondées indispensables à la germination de la terre.
Cette relation intime du crapaud avec l’eau et la pluie est un autre élément qui explique l’importance qu’il avait aux temps préhispaniques. Elle l’a désigné de facto comme un animal agissant pour la fertilité et le maintien des cycles naturels, une fertilité qu’il incarne mieux que n’importe quelle autre espèce, de par sa capacité à se reproduire abondamment et à grande vitesse à l’âge adulte.
En Mésoamérique, l’utilisation des amphibiens dans des contextes cérémoniels est attestée par des preuves archéologiques. Des amas d’os ont été mis au jour notamment sur le centre olmèque de San Lorenzo (campagne de fouilles, 1966-1968, université de Yale, Michael Coe). Des restes ont également été retrouvés dans des récipients utilisés lors de pratiques funéraires mayas et dans des caches votives aztèques dans les ruines du Templo Mayor.
En dehors de ces éléments organiques, des monolithes représentant des crapauds géants ont été retrouvés dans les vestiges des populations olmèques établies sur le territoire du Guatemala, à Izapa, Kaminaljuyu et Takalik Abaj notamment, attestant de son caractère hautement sacré. Toutes les cultures contemporaines ou postérieures ont aussi légué des objets s’y référant, jusqu’aux Aztèques, qui, eux-aussi, ont produit des sculptures éloquentes, certaines encore visibles à Mexico City sur le site du Templo Mayor, du côté dédié à Tlaloc, le dieu de la pluie.

Joug Crapaud, Veracruz
MET, New York

Sifflet Crapaud, Veracruz
MET, New York

Vase Crapaud, Colima
MET, New York

Crapaud, Maya
Museo Amparo, Puebla

Vase Crapaud, Huastèque
Kerr Portfolio

L'avis de l'expert
La taille et la qualité sculpturale de cette œuvre témoignent de son importance. La couleur vert-brun de la pierre renforce grandement son réalisme, car elle est proche de la robe du crapaud qui oscille entre gris-jaune et brun-olive.
Elle a aussi une portée symbolique puisqu’elle évoque la végétation et la vie ; et elle confirme le statut de cet objet, propriété d’un homme de haut rang, comme toutes les productions artistiques réalisées dans des roches à teintes vertes, considérées comme magiques et sacrées en Mésoamérique.
Œuvres comparatives
Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.
Olmèque, Izapa, Mexique. Collection University of Miami, Lowe Art Museum #2007.52.5.
Mexica/Aztèque, Mexique. Collection Museo Nacional de Antropologia, Mexico #11.0-10603.
Mexica/Aztèque, Mexique. Collection Vilcek Foundation, New York #2007.07.1.
Sources & Ressources
- Trésors du Nouveau Monde, catalogue de l’exposition aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire,
15 septembre-27 décembre, Bruxelles, 1992. - COE Michael D., DIEHL Richard A., FREIDEL David A., The Olmec World: Ritual and Rulership, December 16, 1995-February 25, 1996, The Art Museum, Princeton University,1995.
- BENSON Elisabeth P., DE LA FUENTE Beatriz, Olmec Art of Ancient Mexico, 30 June-20 October 1996,
National Gallery of Art, Washington, 1996. - MAGNI Caterina, Les Olmèques, des origines au mythe, Édition du Seuil, 2003.
- TAUBE Karl A., Olmec Art at Dumbarton Oaks, Pre-Columbian Art at Dumbarton Oaks, N°2, Dumbarton Oaks Research Library and Collection, Washington D.C., 2004.
- Maîtres des Amériques, hommage aux artistes précolombiens, Collection de Dora et Paul JANSSEN, Fonds Mercator, 5 Continents éditions, 2005.
- BAILEY KENNEDY Alison, “Ecce Buffo: The Toad in Nature and in Olmec Iconography” in Current Anthropology, vol.23, n°3 (Jun.,1982), pp.273-290. The University of Chicago Press.
- CYPHERS Ann, BELEM Ziga, DICASTRO Anna, “Another Look at Bufo Marinus and the San Lorenzo Olmec1”, in Current Anthropology, vol. 46, Issue S5, December 2005, The University of Chicago Press.
- HELLMUTH Nicholas. (2024). Bufo Toad Iconography and Ethnozoology of Rhinella marina (previously bufo marinas) on exhibit at MUNAE.
- LYTLE W. C. (2009). Evidence for the use of Bufo marinus in the Olmec Shamanic Tool Kit.
Master’s thesis, Texas State University-San Marcos. - FORDAN Mette (2020), The significance of the toad, Rhinella marina, in Olmec art. Master thesis, San Francisco State University.
- KAPPELMAN, Julia Guernsey. “Late Formative Toad Altars as Ritual Stages.” Mexicon, vol. 22, no. 4, 2000, pp. 80–84. JSTOR.
- GIULIATO Sandra, « L’empreinte symbolique des grenouilles et crapauds dans la culture Mochica du Pérou : de l’analyse iconographique à la portée sociale », ELOHI, 7 | 2015, 121-145.
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