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Femme debout
les bras joints sur le ventre
Prix sur demande
Mezcala – Guerrero / Mexique / 350 – 100 avant J.-C.
Hauteur : 30,5 cm – Largeur : 7,3 cm – Épaisseur : 5,9 cm
Matière : grauwacke gris vert
Provenances : ancienne collection Da Silva depuis 1969 ; Collection Galerie Mermoz depuis 2017.
Ce personnage féminin est une pièce unique au sein du corpus d’œuvres produites par les artisans du Guerrero, créateurs de sculptures remarquables dont le modernisme et l’intériorité auront influencé le travail de nombreux artistes au XXe siècle. Sa grande taille, sa silhouette mince et élancée et la justesse de la taille en font une œuvre rare et très élégante, sublimée par la beauté de sa pierre polie, aussi douce à l’œil qu’au toucher.
Sa valeur tient également au fait qu’il s’agit d’une femme. Dans la plupart des cas, les personnages Mezcala sont en effet asexués. Seule une minorité, environ 5%, serait clairement identifiée comme étant des figures féminines, notamment grâce à leur poitrine. Il s’agit donc ici d’une œuvre rare, éloquente par sa solennité et son style épuré.
Sculptée avec grand soin, cette icône faisait sans doute partie d’un groupe d’offrandes rituelles, enterrées dans une cache votive ou une sépulture, sous une hutte d’habitation. Sa forme haute et étroite rappelle que cette œuvre était à l’origine une hache polie, comme l’homme en a produit des milliers au Néolithique ; une lame de pierre devenue au fil du temps, avec l’avènement des cultes agraires et des cultes aux ancêtres, une figure humaine chargée
de profondes et puissantes croyances magico-religieuses.
Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.
Le corps se distingue par sa finesse et sa forme arquée vigoureuse. La tête, légèrement inclinée vers l’arrière, est ronde en son sommet et pointue au niveau du menton, et ses proportions sont importantes par rapport au reste du corps. Le visage comporte des arcades sourcilières très larges, qui semblent dédoublées du fait de l’entaille horizontale qui les traverse. Un relief triangulaire marque l’espace entre elles.
Les yeux ne sont pas figurés. Comme le plus souvent chez les figures Mezcala, ce sont les ombres projetées par les arcades qui donnent naissance au regard. Un procédé ingénieux qui accentue l’impression de mystère qui caractérise ces personnages murés dans la pierre. Le nez non plus n’est pas sculpté, tout juste suggéré par une arête centrale, à la jonction des joues. Deux entailles nettes partent des extrémités de la mâchoire et remontent vers la racine du nez, apportant une touche de vie à ce faciès géométrique, fait majoritairement de plans et d’angles rigides. La bouche est large et semble grande ouverte ; elle est signifiée par un aplat triangulaire sous la pointe du nez. Les oreilles longilignes sont à peine perceptibles, une simple découpe à angle droit au niveau des tempes signale leur présence.
Le tronc est étroit en largeur, très étiré dans la hauteur et très mince de profil, une silhouette fuselée qui donne une belle dynamique à ce personnage. Deux seins ronds en relief sont visibles, ne laissant aucun doute quant à la nature féminine de cette figure. Les bras sont solidaires du corps, collés au buste tandis que les avant-bras apparaissent en léger relief sur le bas-ventre et sont positionnés en diagonale. Les mains, que l’on devine seulement, se rejoignent au niveau du nombril. Le bas-ventre est cubique et marqué par un ressaut. Les jambes, en léger retrait de la taille, sont courbes et séparées par une longue fente. Cette femme semble se tenir en équilibre sur la pointe des pieds, qui, comme les mains, n’ont pas été détaillés.
D’un point de vue sculptural, cette pièce est tout à fait aboutie. Elle ne présente aucun signe de percussion ou de coupe grossière, grâce à un travail de frottement et de polissage extrêmement méticuleux, qui confirme sa très grande valeur. Sa sobriété nous mène à l’essentiel et c’est probablement là que réside la force de cet art des origines, qu’André Malraux se plaisait à qualifier de « primordial » et non de « primitif ».
Au-delà de leur esthétique audacieuse, qui a séduit les artistes avant-gardistes du XXème siècle (Brancusi, Moore, Picasso, Breton), les œuvres du Guerrero constituent de précieux témoins du passé de l’humanité en Mésoamérique, l’expression même d’une interrogation fondamentale par rapport à l’immensité du cosmos, face à laquelle il fallait créer pour espérer intercéder auprès des ancêtres et des esprits. Investies de toute la foi de leur créateur dans les forces de la Terre et de la Nature, ces statues n’étaient pas inertes mais bel et bien vivantes et actives. C’est ce qui les rend touchantes et puissantes.
C’est à l’artiste et historien de l’art Miguel Covarrubias que l’on doit l’identification de la tradition Mezcala, du nom d’un village proche de la zone archéologique, au niveau du bassin moyen du fleuve Baslas. Mais c’est à l’historien de l’art Carlo Gay (1913-1998) que l’on doit une classification de référence, qui regroupe les sculptures Mezcala selon des caractéristiques de style, du type supposé le plus ancien et le plus simple (M2) au type supposé le plus récent et le plus complexe (M26). Selon celle-ci, cette pièce appartient au type M12 caractérisé par des bras en relief sur l’abdomen et des arcades sourcilières cubiques et épaisses.

L'avis de l'expert
Ce magnifique personnage, aux allures cubistes, représente la quintessence de l’art lithique Mezcala, une tradition lapidaire qui a produit d’innombrables figures humaines, d’un modernisme saisissant, souvent comparées à l’art des Cyclades et, beaucoup plus récemment, à la sculpture cubiste du XXe siècle. Il illustre à merveille la formule d’Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie (1977) et grand collectionneur d’art Mezcala, qui soulignait avec admiration « la stylisation puissante des visages et des corps, produisant un maximum d’expression avec un minimum de moyens ».
Œuvres comparatives
Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.
Femme Mezcala M10. Vente Christie’s Paris du 9 avril 2012, collection Ilya Prigogine.
Femme Mezcala M12. Vente Christie’s New York du 10 mai 2012.
Femme Mezcala. Collection Museo Amparo, Puebla, # 52 22 MA FA 57PJ 443.
Sources & Ressources
- GAY Carlo, Mezcala Stone Sculpture, The Human Figure, The Museum of Primitive Art, New York, 1967.
- GAY Carlo, PRATT Frances, Mezcala, Ancient Stone Sculpture from Guerrero, Mexico, Balsas Publications, Genève, Suisse, 1992.
- CASTRO Efraín et al, El Arte de Mezcala, Gobierno Constitucional del Estado de Guerrero, Ediciones Espejo de Obsidiana, Mexico, 1993.
- STIERLIN Henri et al, Mexique, Terre des Dieux, Trésors de l’art précolombien, catalogue de l’exposition au Musée Rath, du 8 octobre 1998 au 24 janvier 1999. Édition Musée d’art et d’histoire, Genève, Suisse, 1998.
- GAY Carlo, GAY Robin Chontal: ancient stone sculpture from Guerrero, Mexico, Balsas, Genève, Suisse, 2001.
- PARADIS Louise, GAY Carlos, PRATT Frances, Mezcala. Ancient stone sculpture from Guerrero, Mexico, dans : Journal de la société des Américanistes, Tome 79, 1993, p. 260-264.
- PARADIS Louise, BÉLANGER Christian, RABY D., ROSS B., Le style Mezcala découvert en contexte au Guerrero (Mexique), dans : Journal de la société des Américanistes. Tome 76, 1990, p. 199-212.
- HAMARD Bénédicte, Guerrero, l’art de la sculpture Mezcala et Chontal dans le Mexique précolombien, Collection Daniel Lebard, 5 continents éditions, Milan, 2015.
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