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Grand personnage stylisé
de type m 10
Prix sur demande
Mezcala – Guerrero / MEXIQUE/ 350 – 100 AV. J.-C.
Hauteur : 60,1 cm – Largeur : 16,5 cm – Épaisseur : 9,8 cm
Matière : méta dolérite gris vert à patine brune
Provenances : ancienne collection Jesus Valdez, San Antonio, Texas, USA, vers 1960 ; Ancienne collection privée, Miami, Floride, 1965 ; Ancienne collection Jacques-André Cronier ; Collection Galerie Mermoz depuis 2016.
Expositions : EAF Monaco 2016, Masterpiece Londres 2016.
Ce personnage, réalisé dans une superbe méta-dolérite, est une icône de l’art Mezcala. Ses qualités sculpturales, la beauté de sa pierre et sa taille spectaculaire – 60 cm – démontrent toute l’ingéniosité et la dextérité des tailleurs Mezcala du Guerrero, que l’on situe au cours des quelques siècles avant notre ère mais qui pourraient avoir existé sur une période beaucoup plus large.
Passés maîtres dans la taille des pierres fines, dont les gisements sont nombreux dans cette région de l’ouest du Mexique, ces hommes ont produit des quantités d’idoles dont le modernisme a grandement inspiré les artistes du XXe siècle, à l’origine du renouveau de la sculpture d’après-guerre. Si leurs œuvres sont dans l’ensemble plus discrètes que celles, parfois monumentales, produites par d’autres cultures en Mésoamérique, elles sont considérées comme une puissante expression culturelle, universelle et intemporelle, qui aura stimulé la créativité des civilisations voisines, comme elle stimule à présent notre œil, fasciné par la justesse et la stylisation de ces figures.
L’esthétique épurée qui les caractérise, dans laquelle symétrie et géométrie se donnent la réplique sans fausse note, est l’aboutissement d’un long perfectionnement qui a débuté avec la transformation des haches de l’âge de pierre. À partir de simples outils, l’homme Mezcala a progressivement élaboré des objets rituels magiques, humanisés pour servir les cultes et établir une communication inaltérable avec les entités du monde invisible, grâce à la permanence de la pierre.
Ainsi cette œuvre, qui se présente, de prime abord, comme une réussite sculpturale, était surtout pour son créateur, un acte de foi, une création emplie d’espérance, qui tenait une place essentielle dans les croyances des peuples de l’époque, profondément reliés à leurs ancêtres et aux esprits de la Nature et de la Terre.
Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.
Travaillée dans une roche gris-vert, associée symboliquement à l’eau et à la végétation, elle faisait vraisemblablement partie d’un groupe d’offrandes, enfouies dans les sépultures sous les huttes d’habitations ou dans des caches votives, et bien qu’elle ait tout l’air d’être muette, elle n’était pas inerte pour ses contemporains mais investie d’un grand pouvoir de vie et d’une puissante énergie.
En Mésoamérique, quelle que soit l’époque, les hommes croyaient que tout ce qui les entourait, y compris les objets « inanimés », étaient sensibles et interconnectés, au-delà même de la mort. Ils croyaient aussi que rien ne pouvait être obtenu des forces créatrices – notamment la fertilité des sols et la renaissance des âmes – sans que leur soit offert quelque chose en échange, dans une logique donnant-donnant perpétuelle. Les offrandes rituelles et funéraires servaient à cela, à honorer les ancêtres et les divinités et à intercéder en faveur de la communauté des vivants pour le maintien des cycles naturels et pour la survie des hommes.
Dans ce contexte, les mots du Professeur Ilya Prigogine, Prix Nobel de Chimie en 1977, grand collectionneur d’art précolombien, résonnent tout particulièrement : Ce qui me paraît si particulier et si attachant dans l’art du Guerrero, c’est que nous y voyons des hommes face à leurs univers, affrontant leur solitude, cherchant à exprimer leur attachement à quelque totalité. Que cette totalité ait pour nom Dieu, le monde des ancêtres ou la nature, n’a que peu d’importance ici. Nous sommes confrontés à un dialogue dépouillé, qui ne recourt à aucune panoplie d’artifices.
Extrait de la préface de l’ouvrage Ancient Ritual Stone Artifacts, Mexico Guatemala Costa Rica, par Carlo Gay Académie royale de Belgique, 1995.
Sur le plan formel, ce personnage présente une silhouette fuselée et filiforme, la partie avant est travaillée tandis que le dos est parfaitement lisse. La tête est imposante et le buste est particulièrement haut, par comparaison avec les jambes courtes. Seuls quelques éléments concourent à la représentation de l’anatomie humaine. Le sommet du crâne est irrégulier, un détail que l’on retrouve fréquemment sur les personnages Mezcala et qui rappelle que ces derniers dérivent des haches polies du Néolithique servant notamment aux travaux agricoles. Observons que cette origine, ajoutée au fait que bon nombre de statuettes sont sculptées dans des pierres vertes, symboles de fertilité, suggère que les idoles Mezcala avaient non seulement un lien avec le culte des ancêtres mais également un lien avec les cultes agraires et les rituels d’invocation de la pluie.
Le front est haut et légèrement pentu. Les arcades sourcilières ne sont pas clairement figurées mais le relief au niveau des yeux suffit à deviner leur présence. Les ombres logées en-dessous confèrent à ce personnage mystérieux un regard intense et profond bien que les yeux ne soient pas sculptés. Le nez se résume à une arête douce et fine servant d’axe de symétrie au centre de ce visage muré dans la pierre. Les joues sont parfaitement planes, sans expression aucune. Elles se prolongent par les oreilles, signalées par un léger décrochement au niveau des tempes. Sous la pointe du nez, une encoche, aplanie et polie, fait office de bouche ; peut-être est-elle ouverte. Le bas du visage forme une courbe nette et harmonieuse. Le cou large est caché par cette tête imposante, à l’air quelque peu martial. Les épaules sont menues et la zone autour du cou, au niveau des clavicules, est profondément creusée et polie. Les bras ne sont pas sculptés si bien que le torse se résume à un rectangle massif, deux fois plus haut que large. Les avant-bras, en revanche, sont sculptés en léger relief sur l’abdomen, montant en biais des hanches jusqu’au nombril, et les mains, que l’on ne voit pas clairement, semblent jointes, dans un geste symbolique. Un ressaut horizontal marque la frontière avec les jambes droites, séparées par un creux, dont les pieds ne sont pas apparents.
D’après la classification établie par le chercheur Carlo Gay (1913-1998) qui postule une évolution des figures Mezcala, d’après des caractéristiques de style, du type supposé le plus ancien et le plus simple (M2) au type supposé le plus récent et le plus complexe (M26), ce personnage appartient au type M10.

L'avis de l'expert
Cette pièce est une icône de l’art Mezcala. Sa grande taille et le soin apporté à sa finition confirment qu’elle était liée à un personnage important. Sa parfaite verticalité et la position des mains que l’on devine jointes sur le ventre, pourraient indiquer qu’il s’agit d’un chaman, dont on connait l’importance au sein des communautés amérindiennes. À la fois sage, magicien et guérisseur, il était le seul homme capable de se connecter aux mondes invisibles. Il avait donc une position centrale, assurant l’équilibre des trois réalités composant le cosmos (ciel, terre et monde souterrain), tel l’Axis Mundi, aussi représenté en Mésoamérique par un immense arbre Ceiba. Ce rôle de pilier est parfaitement transcrit dans la posture de cette effigie et dans sa structure tripartite et l’on imagine volontiers que ceci n’est pas fortuit.
Expositions
Œuvres comparatives
Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.
Personnage Mezcala, Ancienne collection Pr. Ilya Prigogine.
Personnage Mezcala, Collection Museo Amparo, Puebla, Mexico (5222MAFA57PJ444).
Personnage Mezcala, Ancienne collection Félix et Heidi Stoll.
Sources & Ressources
- GAY Carlo, Mezcala Stone Sculpture, The Human Figure, The Museum of Primitive Art, New York, 1967.
- GAY Carlo, PRATT Frances, Mezcala, Ancient Stone Sculpture from Guerrero, Mexico, Balsas Publications, Genève, Suisse, 1992.
- CASTRO Efraín, GAY Carlo, MATOS MOCTEZUMA Eduardo, El Arte de Mezcala, Gobierno Constitucional del Estado de Guerrero, Ediciones Espejo de Obsidiana, Mexico, 1993.
- STIERLIN Henri et al, Mexique, Terre des Dieux, Trésors de l’art précolombien, catalogue de l’exposition au Musée Rath, du 8 octobre 1998 au 24 janvier 1999, Édition Musée d’art et d’histoire, Genève, Suisse, 1998.
- GAY Carlo, GAY Robin, Chontal: ancient stone sculpture from Guerrero, Mexico, Balsas, Genève, Suisse, 2001.
- PARADIS Louise I., GAY Carlo, PRATT Frances, (ed), Mezcala. Ancient stone sculpture from Guerrero, Mexico, in : Journal de la société des Américanistes, tome 79, 1993, p. 260-264.
- PARADIS Louise I., BÉLANGER Christian, RABY D., ROSS B., Le style Mezcala découvert en contexte au Guerrero (Mexique), in : Journal de la société des Américanistes, tome 76, 1990, p. 199-212.
- HAMARD Bénédicte, Guerrero, l’art de la sculpture Mezcala et Chontal dans le Mexique précolombien Collection Daniel Lebard, 5 continents éditions, Milan, 2015.
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