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Grand personnage stylisé

de type M 14

Prix sur demande

Mezcala – Guerrero / Mexique / 350 – 100 AV. J.-C.
Hauteur : 43 cm – Largeur : 5,6 cm – Épaisseur : 4,6 cm
Matière : marbre cipolin quartzique gris veiné
Provenances : Ancienne collection européenne depuis 1967, Ancienne collection Robert Courtoy depuis 1995, Collection Galerie Mermoz depuis 2012.

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Ce magnifique personnage Mezcala est l’œuvre d’un sculpteur virtuose, un modèle de précision et d’équilibre dont l’allure de géant et la silhouette très élancée évoquent irrésistiblement les sculptures aériennes d’Alberto Giacometti. Son modernisme et sa hauteur exceptionnelle démontrent toute l’ingéniosité et la dextérité des tailleurs Mezcala, passés maîtres dans l’art de donner corps et âme à la pierre, à des fins religieuses, il y a de cela plus de 2000 ans. Sans équivalent connu, cette pièce est rarissime du point de vue de ses proportions par comparaison avec la majorité des figures Mezcala, mesurant entre 10 et 35 cm et affichant une physionomie souvent trapue, pour ce qui concerne le style M14 reconnaissable aux ouvertures au niveau des bras.

Taillée dans un beau marbre veiné qui lui confère un indéniable caractère, cette idole, à la fois légère et monumentale, appartenait certainement à un personnage très important. Elle a vraisemblablement été enfouie dans une cache votive, avec un groupe d’offrandes, ou bien dans une sépulture.

Sur le plan formel, l’anatomie est fortement stylisée, faite de plans, d’angles, d’arêtes et de crêtes, organisés selon une rigoureuse symétrie, mais présentant toutefois quelques rondeurs naturalistes qui rendent cette pièce tout à fait unique. La tête apparaît légèrement inclinée vers la gauche. De forme ovale, elle affiche un profil triangulaire, formé par les deux plans inclinés figurant les joues. La jonction de ces deux plans donne naissance à une arête fine traversant verticalement le visage en son centre et courant de la racine du nez jusqu’au menton.

Trois éléments concourent à l’expression de ce faciès, que rien ou presque ne vient distraire : les deux sillons nets qui traversent les joues, partant de la moitié du nez pour rejoindre les lobes des oreilles ; la bouche représentée par un creux en forme de losange indiquant qu’elle est ouverte ; et la zone des yeux, qui, en captant l’ombre projetée par les arcades sourcilières, dote ce personnage d’un regard aussi profond qu’énigmatique, bien que ses yeux ne soient pas explicitement sculptés. Les oreilles, comme souvent, sont longues et étroites, simplement identifiées par une rainure verticale et un léger ressaut au niveau des tempes.

Le corps de ce funambule de pierre est construit en trois parties qui semblent articulées. Les volumes, bien que très allongés, sont maîtrisés et la composition équilibrée. Les épaules, angulaires, sont légèrement asymétriques. Elles se prolongent par des bras fins, positionnés le long du corps et séparés du buste, à peine plus large, par des ouvertures étroites. Les mains se confondent avec la taille. À noter : la main gauche comporte une veine blanche formant un U inversé, intelligemment exploitée par le sculpteur.

Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.

Le buste est étroit et étiré et affiche une très légère courbure. Le bas du ventre est délicatement bombé comme on peut le voir de profil. Le bas du dos, quant à lui, est cambré, et les jambes légèrement fléchies au niveau des genoux. Des formes et rondeurs discrètes qui concourent à donner à ce personnage solennel une certaine sensibilité et une certaine sensualité, en dépit de sa rectitude. Les jambes fuselées apparaissent interminables et sont séparées par un creux tout aussi haut, créant un habile jeu visuel reposant sur des pleins et des vides qui se répondent et invitent notre regard à pénétrer cette œuvre.

La verticalité appuyée de cette pièce semble vouloir souligner le rôle de pilier social et cosmique de ce personnage qui pourrait représenter un chaman. À la fois sage, magicien et guérisseur, ce dernier occupait une place centrale au sein des communautés traditionnelles, en tant qu’homme doué de facultés extra-sensorielles lui permettant de se connecter aux mondes invisibles et de communiquer avec les esprits de la Nature et des ancêtres.

Le chaman avait ainsi une position centrale dans nombre de cultures ancestrales de la Mésoamérique, assurant l’équilibre des trois réalités composant le cosmos (ciel, terre et monde souterrain), tel l’Axis Mundi, souvent symbolisé par un immense arbre Ceiba. Cette fonction est parfaitement transcrite dans la posture de cette figure ainsi qu’à travers sa taille et sa structure tripartite, et l’on peut imaginer que ce ne soit pas fortuit.

Comme nombre de traditions séculaires, la sculpture Mezcala a connu des évolutions stylistiques, dont le spécialiste Carlo Gay a tiré une classification, du type supposé le plus ancien et le plus simple (M2) au type supposé le plus récent et le plus complexe (M26). D’après celle-ci, notre œuvre appartient au type M14, aisément identifiable par l’espace entre les bras et le corps, rappelant les colonnes des temples miniatures Mezcala. On lit à travers ce personnage l’apport des types précédents : construction géométrique du visage (M6), oreilles marquées par deux traits gravés verticalement (M8), bouche en plan continu jusqu’au menton, entrejambe bien marquée par une encoche verticale (M10) et sourcils saillants (M12).

Cette œuvre que l’on peut volontiers qualifier « d’architecturale » est emblématique du génie des sculpteurs Mezcala, maintes fois souligné par le professeur Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie (1977), collectionneur assidu qui se disait captivé par « la stylisation puissante des visages et des corps, produisant un maximum d’expression avec un minimum de moyens ».

En quelques siècles, ces artisans, à l’outillage plus que sommaire, sont parvenus à produire des légions d’idoles si audacieuses et puissantes qu’elles séduiront, des milliers d’années plus tard, les artistes avant-gardistes du XXème siècle (Brancusi, Moore, Picasso, Breton) et pousseront ces derniers à bousculer les codes de la représentation humaine, apportant leur pierre à l’édifice que deviendra l’Art Contemporain.

portrait Santo Micali

L'avis de l'expert

Cette œuvre est un modèle d’équilibre et de justesse, d’un époustouflant « modernisme ». Le haut de la tête est particulièrement intéressant à étudier. Au niveau du front, on observe un relief quadrangulaire représentant un large bandeau. Celui-ci est surmonté d’un appendice plus étroit dont le dessus est non poli, de couleur blanche. Cet élément laisse penser que le sculpteur a imaginé doter son œuvre d’une corne, un symbole du savoir chamanique que l’on trouve sur quelques statuettes Mezcala, pour finalement choisir de s’arrêter là et de révéler l’aspect clair et brut de la pierre.

Sources & Ressources

  • GAY Carlo, Mezcala Stone Sculpture, The Human Figure, The Museum of Primitive Art, New York, 1967.
  • GAY Carlo, PRATT Frances, Mezcala, Ancient Stone Sculpture from Guerrero, Mexico, Balsas Publications, Genève, Suisse, 1992.
  • CASTRO Efraín, GAY Carlo, MATOS MOCTEZUMA Eduardo, El Arte de Mezcala, Gobierno Constitucional del Estado de Guerrero, Ediciones Espejo de Obsidiana, Mexico, 1993.
  • Mexique, Terre des Dieux, Trésors de l’art précolombien, Catalogue de l’exposition du 8 octobre 1998 au 24 janvier 1999, Musée Rath, Genève, Suisse, 1998.
  • GAY Carlo, GAY Robin, Chontal: ancient stone sculpture from Guerrero, Mexico, Balsas, Genève, Suisse, 2001.
  • PARADIS Louise I., GAY Carlo, PRATT Frances, (ed), Mezcala. Ancient stone sculpture from Guerrero, Mexico, in : Journal de la société des Américanistes, tome 79, 1993, p. 260-264.
  • PARADIS Louise I., BÉLANGER Christian, RABY D., ROSS B., Le style Mezcala découvert en contexte au Guerrero (Mexique), in : Journal de la société des Américanistes, tome 76, 1990, p. 199-212.
  • HAMARD Bénédicte, Guerrero, l’art de la sculpture Mezcala et Chontal dans le Mexique précolombien. Collection Daniel Lebard, 5 continents éditions, Milan, 2015.
  • Licda. Mirtha Cano, Dr. Nicholas M. Hellmuth, Sacred Tree Ceiba, June 2008, Asociacion FLAAR Mesoamerica

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