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Accueil / Œuvres / Œuvres à la vente / Grand poncho funéraire décoré de motifs étoilés

Grand poncho funéraire

décoré de motifs étoilés

Prix sur demande

Chuquibamba / Inca – Pérou / 1000 – 1475 après J.-C.
Hauteur : 234 cm – Largeur : 184 cm
Matière : laines polychromes.
Provenances : ancienne collection Bendicht Rudolf Wagner depuis 1958 ; collection Galerie Mermoz depuis 2012.

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Ce magnifique poncho cérémoniel est un précieux témoignage de la splendeur de la tradition textile péruvienne, l’une des plus anciennes et des plus remarquables au monde. Il appartient à la culture Chuquibamba, du nom d’un village situé dans la région d’Arequipa, et se distingue par sa grande taille, la finesse du tissage et la richesse de son décor polychrome. Une telle qualité, obtenue au prix de longues heures de travail extrêmement minutieux, impliquant des spécialistes du tissage et des spécialistes de la teinture, indique que ce vêtement d’apparat appartenait à un haut dignitaire.

Si le poncho constitue un vêtement typique au Pérou, les plus beaux exemplaires étaient réalisés pour les gouvernants, qui les portaient de leur vivant lors des cérémonies, mais aussi, pour l’éternité, dans l’intimité de leur sépulture, persuadés de renaître dans l’au-delà. L’exceptionnel état de conservation de ce grand manteau et la vivacité de ses couleurs indiquent qu’il a bien été enfoui, protégé des dégâts de la lumière et de l’humidité, grâce à l’obscurité et la sécheresse du sol péruvien. Selon toute vraisemblance, il faisait donc parti d’un fardo funéraire.

Au Pérou, comme partout en Amérique latine, la mort n’était pas une fin en soi, mais une métamorphose, le passage vers une vie paradisiaque et éternelle pour ceux qui le méritaient. Ainsi, au terme de leur existence terrestre, les seigneurs se présentaient-ils, vêtus de leurs plus beaux atours, pour siéger auprès des ancêtres, sous l’égide du tout-puissant Soleil.

Crédits : Photographie Michel Gurfinkel.

La civilisation Chuquibamba, à laquelle est attribuée cette œuvre, s’est développée pendant la phase tardive de l’histoire préhispanique du Pérou. Elle occupait le littoral sud ainsi que les vallées moyennes et hautes de la cordillère des Andes adjacente, où les communautés se consacraient à l’élevage et à l’agriculture. Elle a succédé aux empires Wari et Tiwanaku (horizon moyen, 500-1000 ap. J.-C. env.) et a précédé l’empire inca (horizon tardif, 1450-1532 ap. J.-C. env.). Il s’agit donc d’une culture qui s‘est épanouie lors d’une période de transition, appelée Intermédiaire tardif (1000-1450 ap. J.-C. env.).

Son art textile comprend plusieurs groupes stylistiques qui diffèrent du point de vue des motifs, lesquels semblent avoir évolué dans le cadre d’interactions avec d’autres sociétés contemporaines, plus ou moins éloignées ; ce qui fait dire aux chercheurs que les textiles péruviens, au-delà de leur beauté, constituent un précieux témoignage des dynamiques migratoires, permettant de reconstituer l’histoire des cultures qui les ont produits.

Ainsi, on trouve des textiles Chuquibamba qui présentent de fortes similitudes avec, d’une part, ceux produits par la culture Chiribaya, occupant, à la même époque, l’extrême sud du Pérou, et, d’autre part, avec ceux produits par les Incas dans la dernière phase de l’histoire andine.

Ce magnifique poncho appartient à ce second groupe, manifestant l’influence des Incas, qui, depuis leur capitale de Cuzco, ont progressivement annexé les sociétés régionales jusque-là indépendantes. C’est ainsi, au gré de ces incursions, que les caractéristiques culturelles et esthétiques de la dernière civilisation préhispanique du Pérou se sont retrouvées dans les productions artisanales des peuples colonisés et notamment celles des Chuquibamba.

En ce qui concerne ces dernières, deux types d’hybridation ont été recensés : d’un côté, les textiles reprenant les motifs traditionnels Chuquibamba, tout en faisant évoluer les formes et les couleurs conformément aux canons incas, constituant le style « inca régional » (Chuquibamba Tardif 1) ; et de l’autre, les textiles présentant des motifs géométriques de plus grande taille, évoquant clairement le style « inca officiel » (Chuquibamba Tardif 2). Ces variations suggèrent que l’implantation inca dans la région d’Arequipa s’est faite en deux étapes, chaque groupe textile correspondant à un schéma de colonisation, d’abord discret puis beaucoup plus évident.

Zoom sur un grand poncho funéraire décoré de motifs étoilés

Source : Mary Frame, Textiles Chuquibamba 1000 – 1475 D.C., Museo de Arte de Lima, 1999, p.20.

Le poncho ici présent semble appartenir au style « inca régional ». De forme rectangulaire, il est constitué d’un tissu épais fait pour durer une éternité. Il comporte en son centre une coupe permettant d’introduire la tête. Son décor s’organise selon des bandes que l’on peut lire verticalement ou horizontalement. Le motif principal est l’étoile à huit branches, un élément propre à l’iconographie du littoral péruvien, dont la culture Chuquibamba a hérité, et qui se répète sur toute la surface du vêtement, en alternant les couleurs.

On retrouve également les « vignettes à languettes », caractéristiques du style Chuquibamba, dont il existe de multiples variantes. Là encore, l’artiste a joué sur l’alternance des couleurs très contrastées pour donner une grande force visuelle à sa réalisation.

exemples de motifs textiles

Source : Mary Frame, Textiles Chuquibamba 1000 – 1475 D.C., Museo de Arte de Lima, 1999, p.20.

Au-delà de leur attrait esthétique et graphique, ces couleurs renvoient vraisemblablement à un choix normé par la société. À travers un registre chromatique bien défini, les tisserands évoquaient différents concepts rentrant en jeu dans la cosmogonie de l’époque. Ainsi, à travers cette gamme ocre, bleu marine, rouge bordeaux et vert, on peut imaginer qu’il soit fait référence au sang, au feu solaire, à la terre, au ciel et à tout ce qui constituait le socle idéologique et la géographie sacrée des peuples andins.

Les étoiles à huit branches renforcent d’ailleurs cette hypothèse. Elles sont une version de la célèbre croix andine ou Chakana en langue quechua. Si l’interprétation de sa signification reste un vaste sujet de débat, une chose est sûre, il s’agit du symbole le plus important des anciennes cultures d’Amérique du Sud.

Représentant généralement une croix carrée échelonnée, la chakana se retrouve tout au long de la cordillère des Andes, dans l’artisanat, les vêtements traditionnels, l’orfèvrerie, la céramique cérémonielle, mais également sur des pétroglyphes et dans les conceptions architecturales de nombreux bâtiments civils et religieux, au Pérou, en Bolivie, en Équateur, jusqu’au Chili et en Argentine. Son origine se perd dans le fond des âges ; elle remonterait sans doute à 5000 ans. La forme la plus ancienne, connue à ce jour, a été identifiée dans l’enceinte d’un temple dans le complexe archéologique de Ventarron au nord du Pérou, qui daterait d’il y a plusieurs milliers d’années.

chakana site tiwanaku en Bolivie

chakana motif stylisé

chakana temple lac titicaca en Bolivie

À gauche : site de Tiwanaku, Bolivie. Au centre : Chakana stylisée. À droite : Détail d’un mur du temple inca, Ile de la Lune, Lac Titicaca, Bolivie.

La chakana est une figure polysémique très riche et très énigmatique. Celui qui l’a le plus étudiée est Arthur Posnansky (1873-1946), pionnier de l’archéologie de la civilisation de Tiwanaku en Bolivie. Selon les spécialistes, elle serait un symbole astronomique et cosmogonique synthétisant les concepts religieux, philosophiques, sociaux et même mathématiques qui fondent la sagesse des anciens peuples andins et leur conception de l’Univers. Une conception dans laquelle les notions de croisements et de rencontres entre les forces cosmiques, indispensables à l’unité et à l’équilibre du monde, sont fondamentales.

Signifiant « pont » en quechua, la chakana constituerait donc un point d’échange et de transition permettant une communication ouverte et fluide entre les différents composants de l’espace et du temps, exprimant dans un seul et même symbole les relations de correspondance et de complémentarité entre tous les acteurs des trois plans cosmiques (ciel, terre et monde souterrain).

Très liée aux dignitaires dont elle décorait les vêtements et les objets cérémoniels, la chakana aurait aussi un rapport étroit avec le dieu créateur suprême Viracocha (ou Huiracocha), qui donna naissance au Soleil, à la Lune, aux étoiles, à la Terre et à tous les êtres vivants.

Enfin, la croix andine pourrait symboliser la Croix du Sud, une petite constellation visible uniquement dans l’hémisphère sud, reconnaissable à ses cinq étoiles les plus brillantes, d’une luminosité sensiblement équivalente, et qui permettait aux paysans d’établir leur calendrier agricole. Dans un monde où la survie des hommes dépendait entièrement de l’agriculture, cette hypothèse est plausible.

L’art du tissage, une tradition millénaire, inscrite au cœur de l’identité andine.

Le textile est l’une des formes d’art les plus anciennes du Pérou et, en la matière, les artisans de cette région du monde ont démontré, au fil des siècles, une imagination et une ingéniosité remarquables.  L’origine du tissage remonte au VIe millénaire avant notre ère, bien avant l’apparition de la céramique et de la métallurgie, mais il faut attendre le IIIe millénaire pour voir se développer l’usage du coton puis celui de la laine de lama et d’alpaga qui permettaient de mieux fixer les teintures. Les instruments étaient basiques (rouet et fuseau), mais les techniques variées.

Les couleurs étaient fabriquées principalement à base de pigments végétaux et minéraux (plantes, fruits, fleurs, racines), mais aussi à partir de mollusques (murex) et d’insectes. Quatre couleurs dominent dans les textiles andins anciens : le rouge, le jaune, le bleu et le noir. Ces tons étaient déclinés dans de nombreuses nuances, jusqu’à plusieurs dizaines sur une même pièce.

L’insecte de cochenille, que l’on trouve sur les cactus, en particulier sur le figuier de Barbarie, est à l’origine des teintes rouge vif, rouge carmin et violet, très appréciées. Son introduction comme source de colorant remonte, semble-t-il, à la période de transition entre la culture Nazca (200 av. à 600 ap. J.-C.) et la culture Wari (500 à 800 ap. J.-C.).

En ces temps reculés, les textiles, qui nécessitaient des heures de travail, avaient une grande valeur, équivalente à celle des métaux et pierres précieuses. Ils constituaient des pièces de choix, servant d’offrandes rituelles, de monnaie d’échange, de présents matrimoniaux ou diplomatiques, de butins de guerre, etc.

À côté des tuniques du quotidien, tissées plus ou moins grossièrement et ayant une fonction essentiellement vestimentaire, les artisans-tisserands ont créé, pour leurs élites, de somptueuses tenues, comparables à de véritables tapisseries, et, pour ce faire, ont développé des techniques élaborées, permettant notamment de fixer des plumes au cours du tissage.

D’un point de vue archéologique et ethnographique, si les textiles peuvent paraître à première vue un matériel d’étude limité, ils fournissent en réalité de précieuses données sur les communautés qui les ont produits. Les fibres utilisées indiquent les types d’activités agricoles pratiquées ; le degré de complexité des motifs, nécessitant des calculs avant et pendant le tissage, renseigne sur le niveau de connaissances techniques et mathématiques ; la qualité d’une étoffe éclaire sur la classe sociale à laquelle appartenaient les propriétaires des tissus et les variations de styles et de thèmes iconographiques reflètent les interactions culturelles entre les sociétés voisines. Il s’agit donc de précieux supports de la mémoire collective de peuples ancestraux.

portrait Santo Micali

L'avis de l'expert

Au-delà d’évoquer visuellement une magnifique constellation d’étoiles et symboliquement l’accession de son propriétaire au monde céleste, la présence de la croix andine sur ce poncho désigne le dignitaire en question comme un intercesseur auprès des ancêtres et des dieux. Recouvert de ce manteau prestigieux, celui-ci était capable, grâce aux pouvoirs de la chakana, de participer à l’équilibre de l’univers et de fournir aux vivants ce dont ils avaient besoin pour leur subsistance.

Œuvres comparatives

Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.

Poncho funéraire. Collection Metropolitan Museum of Art, New York #33.149.100.

MET

Fagment de textile. Collection The British Museum, Londres #Am1954.05.450.

BRITISH MUSEUM

Sources & Ressources

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