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Musicien assis

tenant devant lui un long tambour en forme de gourde

Prix sur demande

Chinesco – Nayarit / Mexique / 100 avant – 250 après J.-C.
Hauteur : 22,2 cm – Largeur : 12,5 cm – Longueur : 21,2 cm
Matière : terre cuite creuse beige à engobe rouge-orange et décorations polychromes
Provenances : Ancienne collection Proctor Stafford, Los Angeles, dans les années 1960 ; Sotheby’s New York 1995 ; Collection privée européenne depuis 1995 ; Collection Galerie Mermoz depuis 2019.
Publication : BERJONNEAU, G. et SONNERY J.L, Chefs d’œuvre inédits de l’Art Précolombien, Paris, 1985, p. 172, pl.240.

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Ce personnage à l’air pensif est un magnifique exemple de la sensibilité de la céramique du nord-ouest mexicain, une région reculée, berceau des cultures des tombes à puits, appelées ainsi en raison de la configuration de leurs sépultures. Il représente un musicien assis, jouant du tambour et dont l’instrument prend la forme allongée d’une imposante gourde.

Cette œuvre appartient au corpus des figures de style Chinesco identifiant une tradition établie sur une période relativement courte, dans la partie sud de la région du Nayarit. Les statuettes Chinesco sont aussi connues sous l’appellation Lagunillas ou Compostella, deux sites de provenance importants. Quant au nom « Chinesco », il tient à l’analogie stylistique avec l’art oriental, bien que les effigies en question n’aient rien à voir avec l’Asie, si ce n’est une des yeux bridés et un teint clair pour certaines d’entre elles.

La fluidité de ses lignes, ses belles décorations polychromes et sa couleur rouge brique vernissée font de ce personnage, une œuvre remarquable dont on notera le naturalisme et le parfait état de conservation. Cette qualité révèle l’habileté des potiers locaux, qui aimaient illustrer la vie de leurs contemporains, et lui vaut d’avoir été publiée dans l’ouvrage de référence Chefs-d’œuvre inédits de l’art précolombien par Gérald Berjonneau et Jean-Louis Sonnery, aux côtés d’autres personnages Chinesco majeurs.

La présence d’un instrument illustre la place de la musique dans la vie des peuples de la Mésoamérique, qui utilisaient des tambours, des sifflets, des flûtes, des trompettes, des hochets, ainsi que d’autres objets ayant des propriétés musicales comme les conques et les carapaces de tortues pour animer les cérémonies et les rassemblements. La danse et la poésie chantée comptent également parmi les activités appréciées et pratiquées à des fins rituelles.

Longtemps délaissées par l’archéologie qui privilégiait les « grandes » civilisations du centre et de l’ouest du Mexique, voyant dans ces œuvres des représentations surtout anecdotiques, les figures en terre cuite du nord-ouest mexicain ont désormais leur place dans les plus belles collections, eu égard à leur sensibilité et cette étonnante vitalité que leurs créateurs ont su leur insuffler.

Comme toutes les productions précolombiennes, les terres cuites des cultures des tombes à puits avaient en réalité une immense valeur symbolique. Leur fonction rituelle est d’ailleurs attestée par le fait qu’elles ont été retrouvées en nombre dans les cryptes funéraires qui accueillaient les dignitaires et leur famille. À bien y regarder, on remarquera également que les personnages représentés portent souvent des atours, signalant qu’ils participent à une cérémonie.

Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.

Sur le plan formel, l’artiste a fait ici un très bel usage de la couleur et travaillé les proportions avec réalisme et harmonie. Son sujet est assis sur le sol. Les jambes fines sont allongées sur le devant, à demi-fléchies. Le tambour est positionné à la verticale, maintenu en bas par les pieds et à mi-hauteur par les mains. Les bras, comme les jambes, sont filiformes et modelés de sorte à ce qu’ils paraissent souples et fluides. Formant une courbe, chacun vient poser le coude sur le genou pour prendre appui.

L’instrument adopte une forme de courge allongée et légèrement courbe. Il est plus haut que le joueur et entièrement décoré de motifs polychromes. Des lignes en pointillés, alternant avec des lignes en zigag, des bandes ondulantes et des motifs étoilés, constituent les principales notes de ce décor rythmé, qui mérite une attention particulière du fait de la diversité du registre et des teintes appliquées.

Le joueur semble concentré, pris par l’intensité du moment. Son visage est délicat. Ses yeux et sa bouche sont menus, creusés à l’aide d’un instrument pointu dans l’argile encore crûe. Le nez est le détail frappant. Proéminent, il est orné d’une nariguera, un bijou traditionnel qui indique le statut élevé du personnage. Les oreilles, également, apparaissent importantes et sont percées au niveau de leur lobe pour accueillir des parures, aujourd’hui disparues.

Le front est large et le crâne aplani, une caractéristique qui signale une déformation rituelle. Cette coutume ancestrale était pratiquée partout en Mésoamérique, au sein des élites vraisemblablement. Un bandeau large et épais, décoré de lignes et de points, enserre la tête et se poursuit à l’arrière par deux pendants, tombant parallèlement sur le cou, la nuque et les omoplates. On notera que le crâne comporte un large trou d’évent, ayant permis à la vapeur d’eau de s’échapper durant la cuisson, évitant ainsi que l’argile n’éclate sur le feu. Un autre orifice est également visible sur le dessus du tambour.

Des restes de peinture noire sur le visage indiquent des tatouages ou des peintures faciales, et des bandes claires au niveau des biceps évoquent des bracelets. Au niveau vestimentaire, l’homme est vêtu d’un simple cache-sexe recouvrant l’entrejambe et le fessier. Ces attributs sont intéressants car, à travers eux, les corps nous parlent. Ils parlent de l’homme au sens social et de sa place au sein de sa communauté. En Mésoamérique, et particulièrement au Mexique occidental, le goût pour les bijoux, les tatouages et les peintures corporelles est avéré. C’est ainsi que les chefs se différenciaient, et cet usage semble s’accentuer à mesure que l’on monte dans la hiérarchie.

Au-delà de leur attrait esthétique, les céramiques du Mexique occidental ont une grande valeur car elles sont tout ce qui subsiste des traditions du Jalisco, du Colima et du Nayarit, les trois territoires voisins sur lesquels se déploie l’arc des tombes à puits. C’est dans ces profondes demeures souterraines que reposaient ces effigies en terre cuite, aux côtés, selon toute vraisemblance, d’un chef et/ou d’un chaman. Les tâches noires visibles sur l’engobe sont des traces d’oxyde de manganèse, conséquence naturelle de cet enfouissement prolongé.

Les archéologues Robert B. Pickering et Maria Teresa Cabrero, qui ont étudié ces objets, ont déterminé que, dans de nombreux cas, des effigies féminines étaient placées auprès de femmes tandis que des effigies masculines se trouvaient placées auprès d’hommes, et que plusieurs versions d’une même figure, adoptant des postures et des vêtements variés, pouvaient accompagner un individu, représentant probablement différents épisodes de la vie de ce dernier.

portrait Santo Micali

L'avis de l'expert

On a longtemps considéré l’art du Mexique occidental comme « folklorique » et interprété ses manifestations comme des scènes anecdotiques dépeignant la vie quotidienne. Les travaux menés par l’anthropologue Peter Furst, notamment, ont fait évoluer cette conception. Selon ce dernier, les sculptures funéraires en terre cuite de l’ouest du Mexique sont l’expression de profondes traditions religieuses qui parlent surtout de rites, de chamans et de divinités. Et tout laisse à penser que ces peuples n’étaient pas si isolés, mais qu’ils entretenaient des relations étroites avec leurs voisins mésoaméricains ainsi qu’avec des peuples éloignés en Amérique du Sud, dont les sépultures sont d’ailleurs comparables.

Œuvres comparatives

Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.

Joueur de tambour Nayarit. Collection Los Angeles County Museum of Art # M.86.296.5.

LACMA

Musicien Nayarit. Collection Gilcrease Museum, Tulsa. # 54.4032.

GILCREASE MUSEUM

Sources & Ressources

  • HOLSBEKE Mireille, KAREL Arnaut (dir.), Offrandes pour une vie nouvelle, Sculptures funéraires du Mexique occidental précolombien, Musée ethnographique d’Anvers, 1998.
  • KAN Michael, MEIGHAN Clement, NICHOLSON H. B., Sculpture of Ancient West Mexico: Nayarit, Jalisco, Colima; The Proctor Stafford Collection, Los Angeles County Museum of Art, 1970.
  • LYNTON Marion & Mark, Out of the Depths, Tombs Figures from West Mexico, Catalogue Exhibition Rautenstrauch-Joest-Museum, Museum of Ethnography, £. 04/06/1986 – 11/01/1987, Köln, 1986.
  • Museo Barbier-Mueller de Arte Precolombino de Barcelona, fondation de l’hermitage, Trésors de la céramique précolombienne dans les collections Barbier-Mueller, Paris, France, Espagne, Suisse, Somogy éd. d’Art, 2003, 344 p.
  • TOWNSEND Richard F., Ancient West Mexico, Art and Archaeology of the Unknown Past, General Editor, Thames & Hudson, The Art Institute of Chicago, Chicago 1998.
  • DEBORHEGYI Stephan F., The Enduring Villages of Western Mexico, Expedition Magazine 6, n°4, July 1964.
  • WILLIAMS Eduardo, Prehispanic West Mexico: A Mesoamerican Culture Area, FAMSI, Foundation for the Advancement of Mesoamerican Studies, Inc.
  • Music Archaeology: Mesoamerica, special issue of the journal The World of Music 49:2 (2007).

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