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Personnage stylisé
avec un oiseau sur la tête
Prix sur demande
Mezcala – Guerrero / Mexique / 350 – 100 avant J.-C.
Hauteur : 37,2 cm – Largeur : 8,5 cm – Épaisseur : 5 cm
Matière : grauwacke gris-vert à patine brune
Provenances : Ancienne collection européenne depuis 1969 ; Collection Galerie Mermoz depuis 2010.
Ce personnage, brillamment réalisé dans une superbe pierre polie, est un modèle de beauté, de précision et d’équilibre. L’oiseau qu’il porte sur la tête le désigne en tant que chaman. Dans les sociétés animistes de l’ancien Mexique, ces figurations d’animaux jouaient certainement un rôle totémique et magique. Une représentation peu courante qui fait allusion au pouvoir et au rang social de cet individu et confère à cette œuvre une très grande valeur.
Ses qualités sculpturales démontrent toute l’ingéniosité et la sensibilité des tailleurs Mezcala de la région du Guerrero, passés maîtres dans l’art de donner « corps et âme » à la pierre, à des fins rituelles et cérémonielles. En quelques traits brefs, précis, instantanés, ces hommes sont parvenus à produire des œuvres d’une saisissante modernité, souvent comparées aux idoles de la civilisation des Cyclades.
L’esthétique épurée de leur production était sans doute dictée par la simplicité des outils de l’époque. Elle n’en reste pas moins présente. Cette justesse, cette vigueur et cette expressivité énigmatique sont certainement à l’origine de la fascination qu’elles exercèrent sur certains artistes du XXe siècle, tels Constantin Brancusi ou Henry Moore, participant à leur manière, des milliers d’années après leur conception, au renouveau de la sculpture d’après-guerre.
Taillée dans une magnifique roche gris-vert à patine brune, considérée comme précieuse car apparentée symboliquement à l’eau et porteuse de connotations liées à la fertilité, cette pièce faisait sans doute partie d’un groupe d’offrandes enfouies sous les habitations ou dans des caches cérémonielles. Leur fonction était d’immortaliser et de rendre hommage aux ancêtres, qui, ainsi, continuaient à participer activement à l’existence des vivants, depuis l’au-delà.
Crédits : Michel Gurinkel.
L’oiseau, qui pourrait être un colibri à en juger par la forme de son corps et son long bec, repose sur le sommet du crâne du personnage, la tête levée symboliquement en direction du ciel, demeure des esprits et des dieux selon la pensée précolombienne. Il représente l’alter-ego animal convoqué spirituellement par le chaman pour le guider et l’accompagner lors de ses voyages cosmiques.
Seuls quelques détails concourent à la représentation de l’anatomie de ce dernier. La ligne des arcades sourcilières se confond avec le front très court. Les yeux, sans forme, sont simplement représentés par les creux horizontaux situés sous les arcades. Le nez se résume à une arête discrète formée par la jonction des joues larges et planes. Deux entailles rectilignes, traversent ces dernières en diagonale. La bouche est signifiée par une encoche horizontale et un plan triangulaire pointant vers le menton.
La tête est posée sur un buste rectangulaire, doté d’épaules angulaires. La partie supérieure des bras, solidaires du corps, n’est pas sculptée. Seuls apparaissent les avant-bras en relief, posés fermement sur l’abdomen. Les mains ne sont pas figurées mais on les devine, jointes au niveau du nombril. Un ressaut marque la frontière avec les jambes longues et droites, séparées par une nette encoche verticale. Elles se terminent par deux pieds délimités par un décrochement.


Élu par les puissances supérieures, craint et respecté par ses pairs, le chaman, dont l’étymologie signifie « celui qui sait », est donc un véritable pilier au sein de sa communauté, en tant que guérisseur et conseiller, doté de pouvoirs surnaturels.
Cette place centrale est exprimée ici par la verticalité du corps et les bras posés sur l’abdomen. Cette posture et cette attitude traduisent sa position d’intermédiaire entre le monde des hommes et celui des ancêtres et des esprits. À l’image de l’Axis Mundi, l’axe du monde, l’homme-médecin se tient au centre de l’univers afin d’établir la communication entre les mondes et équilibrer les énergies qui circulent à travers le cosmos.
Comme nombre de traditions séculaires, la sculpture Mezcala a connu des évolutions stylistiques, dont le spécialiste Carlo Gay a tiré une classification, du type supposé le plus ancien et le plus simple (M2) au type supposé le plus récent et le plus complexe (M26). D’après celle-ci, notre œuvre appartient au type M10.

L'avis de l'expert
Plusieurs éléments indiquent que cette effigie est celle d’un chaman : l’oiseau sur sa tête, la verticalité de son corps et les bras joints. L’oiseau, symbole céleste, représente l’alter-ego du guérisseur. Dans les cultures préhispaniques, chaque individu est lié dès sa naissance à une entité animale, végétale ou encore minérale, appelée nahualli. Celle-ci a pour mission de le protéger et de le conseiller tout au long de sa vie. Certains individus comme les chamans ont la faculté de choisir leur animal-totem et de se métamorphoser lors des rituels en l’un ou en l’autre. Ces transformations psychiques, opérées sous l’effet de substances hallucinogènes, mêlées à des chants et des danses, leur permettent d’évoluer mentalement dans les airs, sur terre ou dans l’eau, à travers les différentes sphères du cosmos, où ils peuvent consulter les Esprits et obtenir leur aide.
Œuvres comparatives
Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.
Personnage Mezcala, type M10. Collection The Vilcek Foundation, New York, #1999.08.1.
Personnage Mezcala. Collection Museo Amparo, Puebla. #52 22 MA FA 57PJ 431
Oiseau Mezcala. Collection Los Angeles County Museum of Art, #M.2001.212.78.
Sources & Ressources
- GAY Carlo, Mezcala Stone Sculpture, The Human Figure, The Museum of Primitive Art, New York, 1967.
- GAY Carlo, PRATT Frances, Mezcala, Ancient Stone Sculpture from Guerrero, Mexico, Balsas Publications, Genève, Suisse, 1992.CASTRO Efraín, GAY Carlo, MATOS MOCTEZUMA Eduardo, El Arte de Mezcala, Gobierno Constitucional del Estado de Guerrero, Ediciones Espejo de Obsidiana, Mexico, 1993.
- Mexique, Terre des Dieux, Trésors de l’art précolombien, Catalogue de l’exposition du 8 octobre 1998 au 24 janvier 1999, Musée Rath, Genève, Suisse, 1998.
- GAY Carlo, GAY Robin, Chontal: ancient stone sculpture from Guerrero, Mexico, Balsas, Genève, Suisse, 2001.
- PARADIS Louise I., GAY Carlo, PRATT Frances, (ed), Mezcala. Ancient stone sculpture from Guerrero, Mexico, in : Journal de la société des Américanistes, tome 79, 1993, p. 260-264.
- PARADIS Louise I., BÉLANGER Christian, RABY D., ROSS B., Le style Mezcala découvert en contexte au Guerrero (Mexique), in : Journal de la société des Américanistes, tome 76, 1990, p. 199-212.
- HAMARD Bénédicte, Guerrero, l’art de la sculpture Mezcala et Chontal dans le Mexique précolombien. Collection Daniel Lebard, 5 continents éditions, Milan, 2015.
- MILBRATH susan, BAQUEDABO elizabeth, Birds and Beasts of Ancient Mesoamerica: Animal Symbolism in the Postclassic Period, University Press of Colorado, 2023, 440 p.
- MARTÍNEZ GONZÁLEZ R. « Le nahualli : homme-dieu et double animal au Mexique ». Anthropozoologica 39 (1) : 371-381, 2004. © Publications Scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris
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