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Tête de fardo funéraire
avec son mât
Prix sur demande
Chancay / Pérou / 1100 – 1470 après J.-C.
Hauteur avec le mât : 90 cm – Hauteur sans le mât : 36 cm – Largeur : 36 cm – Longueur : 19 cm
Matière : bois, incrustation de coquillage et peinture rouge.
Provenances : ancienne collection privée, New York, avant 1995 ; vente Sotheby’s du 20.11.1995 (lot 19) ; Ancienne collection UK ; vente Lyon & Turnbull du 08.06.2022 (lot 19) ; Collection Galerie Mermoz depuis 2022.
Exposition : Tefaf Maastricht 2023
Cette tête en bois est une pièce très rare, sauvée par le climat désertique de la côte du Pérou qui l’aura préservée sous terre des siècles durant. Elle est l’œuvre de la culture Chancay qui s’est développée sur le littoral central entre 1100 et 1500 après J.-C., après l’effondrement de la civilisation Huari (550-900 après J.-C). Son exceptionnel état de conservation, sa grande taille, ses incrustations de coquillage blanc et son histoire même en font une œuvre captivante, attestant de l’attrait des anciens Péruviens pour le bois, avec lequel ces derniers ont réalisé quantité d’objets précieux.
Il s’agit d’une tête postiche surmontant un ballot contenant la momie d’un défunt. L’embaumement des dépouilles était répandu dans les cultures andines préhispaniques. Les traces les plus anciennes de cette coutume ancestrale ont d’ailleurs été retrouvées, non pas en Égypte, mais bien des milliers d’années plus tôt, en Amérique du Sud, à la frontière du Pérou et du Chili, chez les Chinchorros, du 7e au 2e millénaire avant notre ère.
Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.
Sculptée avec soin, cette pièce respecte les codes de représentation des masques funéraires péruviens. Son visage géométrique est recouvert de peinture rouge intense obtenue avec de l’oxyde de fer ou du cinabre. Il s’inscrit dans une forme quadrangulaire et les détails physionomiques sont réduits à l’essentiel, sans intention naturaliste. Les arcades sourcilières se confondent avec le front géométrique. En dessous, de grands yeux elliptiques ont été creusés et incrustés de coquillages blancs, collés avec de la résine végétale, qui donnent à ce visage figé un regard hypnotique. À l’origine, ces orbites devaient être agrémentées en leur centre de disques de pierre ou d’éléments en résine, circulaires et foncés, représentant les pupilles. On notera la présence de touffes de cheveux, placées sous les coquilles en guise de cils, une caractéristique que l’on retrouve sur certains masques Chancay.
Le nez aquilin est fortement projeté vers l’avant et les narines sont en léger relief. De fins plis sinusoïdaux descendent jusqu’à la mâchoire inférieure. La bouche est signifiée par une encoche. Sa petitesse contraste avec l’ampleur du visage et l’importance du nez qui la surplombe. Le sommet du crâne est plat et le front n’est pas peint. Ceci indique que ce masque devait sans doute porter une perruque de cheveux, agrémentée d’un bandeau, d’un turban ou d’un chapeau tressé.
Un long manche rectangulaire se profile sous ce visage impassible. Celui-ci permettait de stabiliser la tête dans le fardo funéraire. Le dos du masque est légèrement concave et les yeux sont creusés. Sur le haut, trois encoches devaient servir à l’accrocher à l’aide de cordelettes, mais aussi pour fixer des tissus, des plumes ou des perruques faites de cheveux humains, de fibres végétales teintes ou de poils de camélidés.
Sur la côte centrale du Pérou, on a recensé des nécropoles rassemblant des milliers de momies, notamment dans la vallée de Chancay, dans la baie d’Ancón, et à l’embouchure du fleuve Lurín, à Pachacamac. Ces terres sans pluie rassemblent tous les critères nécessaires à la momification naturelle. Leur hygrométrie comparable à celle de l’Égypte et leur sol sablonneux imprégné de sels minéraux, et en particulier de salpêtre, ont été des facteurs cruciaux pour la préservation des corps.
Les momies péruviennes reposent généralement en position recroquevillée, genoux et bras repliés sur la poitrine. Le corps est entouré de couches de tissus alternant avec une bourre de coton brut, parfois garnie d’offrandes, puis vêtu d’une grande tunique et surmonté d’une tête en bois sculpté. Une fois préparé, le paquet funéraire (fardo), est installé dans une chambre souterraine, une fosse ou une grotte, avec de nombreuses offrandes telles que des vases, des pots à chicha, des aliments, des poupées funéraires, etc.
Contrairement à ce qui s’est passé en Égypte, au Pérou “la momification n’était pas réservée à une classe particulière au sein de la société. Presque tout le monde était traité de la même manière” explique Ryan Williams, chercheur au Field Museum de Chicago, à l’origine de l’exposition itinérante Mummies, New Secrets from the Tombs.
Dans la région de Chancay, d’où provient notre œuvre, deux types de têtes ornent les ballots funéraires. Le premier correspond à notre modèle, alors que le second, tout en reprenant les mêmes traits, consiste en un visage peint directement sur la toile, et seul le nez, taillé dans une pièce de bois, apporte un peu de relief à l’ensemble. On trouve ailleurs au Pérou d’autres types de têtes postiches, par exemple des têtes rembourrées en tissu formant une sorte de coussin et des têtes ornées de plumes colorées et cousues.
D’après Peter Eeckhout, docteur en histoire de l’art et archéologie de l’Université Libre de Bruxelles : « Contrairement à l’Égypte où le mort est censé vivre éternellement dans un autre monde, la momie péruvienne participe activement à la vie sociale. Suivant Frank Salomon (1995), le corps est considéré comme tripartite et comprend : 1. les parties molles, périssables ; 2. la partie dure (le squelette et la peau, c’est-à-dire la momie) ; 3. l’âme, volatile, parfois comparée à une ombre ou un insecte volant, qui rejoint la Pacarina, la terre ancestrale d’origine. »
« La préservation de l’intégrité physique de l’ancêtre est essentielle, car l’âme a besoin de ce support qu’est la momie pour se réincarner lors des consultations divinatoires pratiquées par ses descendants. La momie est donc choyée : elle possède une maison, des biens, des domestiques, parfois même des terres et des troupeaux qu’elle administre par la bouche des prêtres-devins. Elle est source de vie, ce pourquoi on lui fait des offrandes, et elle intervient également dans les rites de fécondité, de fertilité, dans l’agriculture, les mariages, les successions politiques. La mort n’est pas une rupture, mais une sorte de continuum. »
Œuvres comparatives
Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.
Tête postiche Wari. Collection Museum of Fine Arts, Houston #2001.1003.
Tête postiche Chancay. Collection The Walters Art Museum, Baltimore # 61.355.
Tête postiche Chancay. Collection Museo Larco, Lima #ML400667.
Tête postiche Chancay. Collection Museo Larco, Lima #ML400668.
Sources & Ressources
- V. PIMENTEL (dir), Pérou – Les Royaumes du Soleil et de la Lune, catalogue de l’exposition, du 2 février 2013 au 16 juin 2013, Montréal, Musée des Beaux-Arts de Montréal, Éditions 5 Continents.
- D. LAVALLÉE, L. G. LUMBRERAS, Les Andes, de la préhistoire aux Incas, L’Univers des Formes, Gallimard, 1985.
- S. PURINI et A. EMMER, La sculpture en bois dans l’ancien Pérou, catalogue de l’exposition, Galerie Johan Levy, Paris, de septembre à décembre 2006, Somogy – Éditions d’Art, 2006.
- EECKHOUT P., « Histoires de Momies, Découverte et analyse d’une momie de Pachacamac au Pérou », publié dans Koregos, la revue et encyclopédie multimédia des arts, sous l’égide de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 23.05.2012.SALOMON, Frank, 1995, “The Beautiful Grandparents »: Andean Ancestor Shrines and Mortuary Rituals as Seen Through Colonial Records. In Tombs for the Living: Andean Mortuary Practices, ed. Tom. D. Dillehay, pp 315-54. Dumbarton Oaks Research Library and Collection, Washington, D.C.
- FLEMING, Stuart. « The Mummies of Pachacamac. » Expedition Magazine 28, no. 3 (November, 1986).
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