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Vase cérémoniel
représentant un élégant canard
Prix sur demande
Olmèque – Las Bocas – Puebla / Mexique / 1200 – 600 avant J.-C.
Hauteur : 23 cm – Largeur : 21 cm – Épaisseur : 13,3 cm
Matière : terre cuite creuse brune finement polie.
Provenances : ancienne collection Anneliese Roekl, Allemagne, depuis les années 1970 ; collection Galerie Mermoz depuis 2018.
Ce vase sculptural est un bel exemple de l’originalité et du raffinement de la céramique olmèque, et en particulier des vases zoomorphes caractéristiques du haut plateau central mexicain. Sa qualité d’exécution, signalée par le grand naturalisme de l’oiseau, l’harmonie de ses formes patinées et son état de conservation, témoignent de la maîtrise technique atteinte par les céramistes de l’époque préclassique moyenne (1200-400 avant J.-C.), qui savaient merveilleusement insuffler la vie à leurs œuvres. Songeons que ces derniers modelaient sans outil métallique, sans tour de potier, par accumulation de boudins d’argile et qu’ils faisaient cuire leurs productions avec des moyens rudimentaires, ce qui implique une grande connaissance de la terre et du feu.
Le sujet, un élégant canard, révèle l’intérêt des Amérindiens pour la faune avec laquelle ils cohabitaient étroitement. Le soin et le réalisme de cette œuvre indiquent que le potier s’est appliqué à représenter l’une des espèces de canard qui fréquentaient les lacs environnants ; pour sa beauté ou parce qu’elle constituait une importante ressource alimentaire parmi toutes celles offertes par les niches écologiques de la vallée de Mexico, une région favorable à l’établissement d’une vie sédentaire et au développement de l’art céramique. Au-delà, il est probable que le choix de l’artiste soit, surtout et avant tout, le fait de considérations religieuses et rituelles.
Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.
Aux temps préhispaniques, la représentation d’un animal n’était jamais le fruit du hasard, ni une démarche strictement artistique. En vertu de leurs facultés et de leur mode de vie, certaines espèces étaient perçues comme magiques. Capables d’évoluer dans les différentes sphères du cosmos (souterraine, terrestre et céleste), celles-ci pouvaient transporter l’esprit des chamans et les âmes des défunts vers leur monde de référence.
Pour l’homme mésoaméricain, le canard comptait parmi les animaux sacrés qui évoluaient entre plusieurs réalités et servaient de passeur. Il renvoyait naturellement au ciel, demeure des dieux et des nobles ancêtres, mais également à la terre où il niche, ainsi qu’aux espaces aquatiques considérés comme les voies menant au monde inférieur où rôdent les esprits sombres et maléfiques. Ses migrations au rythme des saisons ont également fait de lui un oiseau annonciateur, utile pour déterminer les cycles agricoles.
Son symbolisme semble également lié au vent, si l’on s’en réfère aux Aztèques de l’époque postclassique (1200-1521 ap. J.-C.), dont les croyances découlent de celles des cultures précédentes. Ainsi, au sein de ce peuple, le dieu du vent Ehecatl, qui est l’un des aspects du grand dieu créateur Quetzalcóatl (Serpent à plumes), est souvent représenté avec un bec de canard lui permettant de souffler. On peut supposer que l’association entre le canard et la divinité remonte loin dans le passé, peut-être à l’époque préclassique.


Crédits : Shutterstock.
D’un point de vue esthétique, cette représentation est remarquable de justesse. Ses lignes sont harmonieuses et claires et elle est également empreinte d’une grande noblesse et d’une grande sérénité. Le corps en forme de poire constitue la panse du vase et repose sur un socle circulaire, d’une certaine épaisseur, évoquant un nid. Les pattes ne sont pas visibles, on les devine repliées au chaud sous l’animal.
L’abdomen est bien rond ; le cou et la tête sont bien dégagés et dessinent un S ; le dos descend en pente douce et se prolonge par une petite queue légèrement relevée. On observe, de chaque côté de cette queue, les plumes primaires formant un petit appendice en relief. Les ailes, constituées des plumes secondaires, sont délicatement gravées sur les flancs. L’artiste a détaillé chaque rangée de plumes s’enchevêtrant les unes dans les autres, rendant parfaitement compte de l’aspect lisse et enduit des ailes des canards.
Le crâne adopte la forme d’un œuf et on remarque que l’arrière est largement ouvert comme si la tête avait été coupée en biais. Le bec, en forme de spatule, est gracieux et projeté vers l’avant. Une rainure marque la jonction entre les deux mandibules. Elle est si précisément réalisée que l’on pourrait croire que ce canard va naturellement ouvrir son bec, abaissant sa mandibule inférieure, qui, seule, est mobile. Les yeux gravés sont elliptiques. Le plumage présent entre ces yeux, descendant telle une larme sur le haut du bec, apparaît en relief, de même que les pommettes et l’extrémité des mandibules, au niveau des joues. Un souci du détail qui atteste de l’importance de cette œuvre rituelle, de l’engagement de l’artiste dans son travail et bien entendu du statut social du dignitaire auquel cet objet était destiné.

Le socle sur lequel repose l’animal comporte plusieurs cartouches rectangulaires à l’intérieur desquels de fines gravures forment des croisillons évoquant un amas de brindilles. On observe également un motif en forme de nœud qui se répète tout autour. Celui-ci est à rapprocher du motif constitué de deux bandes croisées, désigné par les chercheurs sous l’appellation « croix de St André » et que l’on a retrouvé sur un certain nombre d’œuvres olmèques, mais aussi mayas et d’autres provenant de la région d’Izapa. Les interprétations de ce symbole ésotérique sont nombreuses, mais aucune ne fait aujourd’hui consensus, bien que beaucoup s’accordent à lui attribuer une signification cosmologique.
Brittany Knott Luther, de l’university of Central Florida à Orlando, a consacré une thèse intéressante sur le sujet en 2016, intitulée « The Crossed Bands Motif: What does it Mean? ». Elle y explique que la signification de ce motif a vraisemblablement évolué au cours du temps et d’une culture à l’autre. Selon elle, sur les œuvres rattachées aux sites préclassiques du Mexique central, telles que ce vase, le motif manifesterait l’essence sacrée et divine d’un sujet. Plus tard, chez les Mayas de la période classique (200-900 ap. J.-C.), il s’agirait davantage d’un signe manifestant la légitimité d’un dirigeant.
Réalisées il y a environ 3000 ans, les vases zoomorphes de style olmèque représentent une variété d’animaux : des oiseaux, des poissons, des rongeurs ou encore des singes. Les canards semblent avoir une place particulière au sein de corpus, étant plutôt bien représentés. On peut imaginer que certains ont été domestiqués afin d’être consommés, comme l’étaient les chiens gras (Xolo) dans certaines cultures. Les vases à leur effigie, déposés en offrande dans des sépultures, auraient eu pour fonction d’apporter à l’âme du défunt de quoi boire et se nourrir, sur le chemin de l’après-vie, tout comme les chiens, animal fétiche de la culture Colima.
Toutefois, ces œuvres ancestrales sont rares, dans la mesure où peu d’exemplaires nous sont parvenus et que leur production a chuté avec l’exaltation du jade et des objets en pierre dure qui ont progressivement détourné la culture olmèque de la céramique.
Le site cérémoniel de Las Bocas, d’où proviennent un certain nombre de ces créations, est l’un des plus connus et des plus importants du Mexique sur le plan de la céramique préclassique, avec Tlatilco et Tlapacoya. Il a donné son nom au style « Las Bocas » qui regroupe des récipients et des figurines de qualité, notamment les fameux « Baby Faces » désignant des bébés ventripotents avec une bouche féline. Bien que discrète dans ces régions centrales, la filiation avec l’art du peuple olmèque, dont les plus grands sites sont établis au sud-est sur la côte du Golfe du Mexique, semble ne faire aucun doute.

L'avis de l'expert
En figeant son image dans l’argile, le céramiste cherchait probablement à créer une œuvre imprégnée du pouvoir prêté au canard, capable de décupler l’impact des rites. Sur le plan pratique, compte-tenu de la faible contenance des vases de ce type, l’hypothèse avancée est qu’ils accueillaient des boissons hallucinogènes, en petite quantité, consommées par les chamans pour déclencher les transes. Ils étaient ensuite enfouis dans des sépultures pour accompagner leur propriétaire dans l’après-vie.
Œuvres comparatives
Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.
Vase canard. Collection Museum of Fine Arts, Houston, #86.393.
Vase canard. Collection Museum of Fine Arts, Houston, #2012.381.
Vase canard. Collection Museo Amparo, Puebla, #52 22 MA FA 57PJ 363.
Vase canard. Vente Sotheby’s Paris du 22 mars 2013, collection Barbier-Mueller.
Sources & Ressources
- Trésors du Nouveau Monde, catalogue de l’exposition aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire,
15 septembre-27 décembre, Bruxelles, 1992. - COE Michael D., DIEHL Richard A., FREIDEL David A., The Olmec World: Ritual and Rulership, December 16, 1995-February 25, 1996, The Art Museum, Princeton University,1995.
- BENSON Elisabeth P., DE LA FUENTE Beatriz, Olmec Art of Ancient Mexico, 30 June-20 October 1996, National Gallery of Art, Washington, 1996.
- MAGNI Caterina, Les Olmèques, des origines au mythe, Édition du Seuil, 2003.
- TAUBE Karl A., Olmec Art at Dumbarton Oaks, Pre-Columbian Art at Dumbarton Oaks, N°2,
Dumbarton Oaks Research Library and Collection, Washington D.C., 2004. - Maîtres des Amériques, hommage aux artistes précolombiens, Collection de Dora et Paul JANSSEN,
Fonds Mercator, 5 Continents éditions, 2005. - Museo Barbier-Mueller de Arte precolombino de Barcelona, Fondation de l’Hermitage, Trésors de la céramique précolombienne dans les collections Barbier-Mueller, Paris, France, Espagne, Suisse, Somogy éditions d’art, 2003, 344 p.
- LUTHER Brittany K., « The Crossed Bands Motif: What Does It Mean?« , thèse, Master of Arts, Department of Anthropology, College of Sciences, University of Central Florida, Orlando, 2016, 126 p.
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