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Zémi à trois pointes
trigonolithe
Prix sur demande
Taino – République dominicaine / 1000 – 1500 après J.-C.
Hauteur : 18 cm – Largeur : 32 cm – Épaisseur : 16,3 cm
Matière : roche constituée d’amphibole et d’olivine noir-vert
Provenances : Ancienne collection Veintimilla depuis 1968 ; Collection Galerie Mermoz depuis 2000 .
Cette œuvre singulière est une magnifique démonstration des compétences sculpturales des indiens Tainos, qui occupaient la plupart des terres des Grandes Antilles à l’arrivée de Christophe Colomb en 1492. Elle répond au nom de « Zemí », terme utilisé par ce peuple pour désigner une entité sacrée incarnant une divinité ou l’esprit d’un ancêtre du clan.
Les zemís, dont le culte était central dans la vie des Tainos, se rencontrent sous une étonnante pluralité de formes : bijoux, amulettes, vases, plats, cuillères, spatules, pilons, totems, sièges cérémoniels, urnes funéraires et bien d’autres, fabriqués à partir de bois sacré, de pierre, de coquillage, de coton, d’argile et d’os.
Cet exemplaire appartient au corpus des zemís à trois pointes, qualifiés de « trigonolithes ». Il se distingue par la beauté de sa pierre noire d’ébène, rendue soyeuse et lumineuse sous l’effet d’un intense polissage, et par la grande expressivité du visage du personnage qui témoigne du pouvoir mystique attribué à ces puissantes idoles.
Sa forme en poire évoque, selon certains chercheurs, le sein d’une femme, organe nourricier par excellence, et selon d’autres, la forme des tubercules de manioc, aliment de base et élément symbolique important dans les Caraïbes préhispaniques.
Ces ressemblances ont conduit les archéologues à suggérer que les zémis à trois pointes puissent être associés aux rituels de fertilité et aux cultes agraires, ce que tendraient à confirmer les récits rapportés par le moine franciscain Ramón Pané, qui relate que certains zémis étaient enterrés dans les jardins pour favoriser la pousse des plantes.
Crédits : Photographies Frédéric Dehaen, Studio Asselberghs, Bruxelles.
Le personnage est allongé sur le ventre. La pointe avant constitue sa tête, la pointe arrière constitue ses jambes et la partie centrale représente son corps. On retrouve le visage squelettique et quelque peu « dramatique » propre aux zemís. Ainsi la bouche est grande ouverte et creusée ; le menton et le nez sont saillants ; les orbites oculaires sont larges et enfoncées, avec un pourtour en relief. Un diadème ou un bandeau enserre le crâne et les oreilles sont parées de boucles circulaires, comme on peut le voir sur de nombreux zémis.
Certains artefacts Tainos attestent que l’emplacement des yeux pouvait être décoré avec des feuilles d’or, tandis que des incrustations de coquillage, imitant la denture, pouvaient être enchâssées dans la cavité buccale. Les duhos exposés au British Museum de Londres et au Museo del Hombre Dominico à Saint-Domingue constituent de beaux exemples de ces pratiques. Ces ajouts avaient sans doute pour but d’esthétiser les visages des esprits, de les rendre plus réalistes et surtout plus impressionnants aux yeux d’un peuple qui vénérait ses ancêtres avec ferveur, persuadé de la survivance des défunts au-delà de la mort.
À noter : les jambes sont repliées à la manière des pattes d’une grenouille. Une allusion qui n’est pas fortuite, puisque la combinaison d’éléments de nature anthropomorphe et zoomorphe est courante dans l’art taino. Ce bimorphisme vient du fait que les zemís apparaissaient souvent dans la pensée et les mythes Tainos sous les traits de batraciens, de serpents, de chouettes et de chauves-souris, pour ne citer que les principales espèces.
La possession de zemís était, semble-t-il, répandue au sein de la société taino, qui les tenait en haute estime, et ce sans distinction de classe. Cependant, les exemplaires les plus élaborés étaient la propriété des chefs (caciques) et des chamans. Ces très beaux objets de dévotion, en présence desquels l’on célébrait les rites, étaient le signe des relations privilégiées de ces derniers avec le monde surnaturel.
D’après le manuscrit du frère Pané, la majorité des caciques possédaient plusieurs pierres aux fonctions diverses, qui servaient notamment à favoriser la germination des céréales et des légumes et à faire accoucher les femmes sans douleur. À leur décès, celles-ci étaient transmises à leur descendance, en tant qu’objet de prestige et de pouvoir.
Le rituel de la cohoba était une cérémonie propitiatoire de la plus haute importance, réservée aux seuls hauts dignitaires Tainos, qui se réunissaient pour consulter les dieux et les zemís au nom de la communauté. Elle se déroulait dans une maison retirée du village appelée « maison des morts » ou « maison sacrée ». Lors de cette retraite spirituelle les participants broyaient des graines d’Anadenanthera peregrina à l’aide d’un pilon afin d’obtenir une poudre hallucinogène, appelée cohoba, qui était déposée dans un plat à l’aide d’une cuillère en os. Puis ce plat était posé sur un plateau surmontant la tête d’un totem zemí dont la présence servait à établir symboliquement le contact entre les hommes et les esprits des morts (opias).
Après un jeûne de plusieurs jours, les dignitaires se purifiaient en se faisant vomir avec de longues spatules (purgadera), en bois ou os de lamantin, prévues à cet effet, dont les manches figuraient aussi un zemí. Ensuite, assis sur leur duho (siège de cérémonie) en bois, ils utilisaient des inhalateurs pour absorber la poudre et entraient en transe.

L'avis de l'expert
Le travail poussé et frappant de la tête montre que les artistes tainos y portaient un intérêt particulier, probablement en tant que siège de la conscience, de l’âme et donc de la spiritualité. Il n’est pas impossible que leur façon singulière de la représenter ait été influencée par la consommation de substances psychotropes lors des cérémonies et par les visions hallucinatoires en découlant, permettant d’atteindre l’état d’extra-lucidité recherché par les chamans (Béhiques ou Bohiques). Il est admis que cet aspect émacié du visage pourrait également avoir un lien avec les jeûnes que s’imposaient les chamans Taïnos avant toute cérémonie de divination, et notamment avant le grand rituel de la « cohoba ».
Œuvres comparatives
Pièces publiées dans des ouvrages de référence et/ou appartenant à d’importantes collections privées et muséales et/ou vendues par la Galerie.
Zemi trigonolithe. Collection The Israel Museum, Jerusalem. # B00.1589.
Zemi trigonolithe. Collection National Museum of Natural History, Smithsonian Institution.
Zemi trigonolithe. Collection National Museum of Natural History, Smithsonian Institution.
Zemi trigonolithe. Collection Museo Arqueologico Altos de Chavon, Dominican Republic.
Sources & Ressources
- KERCHACHE Jacques, L’art Taïno : chefs-d’œuvre des Grandes Antilles précolombiennes. Musée du Petit Palais. 24 février – 29 mai 1994, Paris Musées. 1994.
- ALEGRIA Ricardo, ARROM Jose, Taíno: Pre-Columbian Art and Culture from the Caribbean. Museo del Barrio, Monacelli Press, 1997, 189 p.
- Dr. JIMÉNEZ Maya, « Introduction to Taíno art » in Smarthistory, November 5, 2019.
- BERNAND Carmen, Un peuple prospère et pacifique, les Taïnos, Mars 2002, Clio 2019.
- SAMONA Giuseppe A., “L’insaisissable religion des Taïnos. Esquisse d’anthropologie historique”, Journal de la Société des américanistes, 89-2 | 2003, 7-66.
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